Certaines
destinations concurrentes sont arrivées au tourisme golfique bien après nous.
Aujourd’hui, elles s’y développent fort sérieusement tandis que nous peinons à
mettre au point une stratégie efficace et porteuse. Le tourisme golfique
tunisien est-il disqualifié pour autant? A en croire les avancées spectaculaires
autour du Bassin méditerranéen, notamment en Turquie ou au Maroc, il faut croire
que oui. Hélas !
Alors que le premier golf du pays date de 1924, ce n’est que vers les années 80
que l’on a assisté au décollement du secteur avec l’ouverture des parcours de
golf de Djerba, Sousse et Hammamet. Aujourd’hui, le pays compte 10 parcours. Il
est à noter que c’est entre 1987 et 2008 que 8 parcours de golf ont été créés.
Le "Golf Club de Tozeur" a vu le jour en 2007. Celui du "The Residence Golf
Club" a été inauguré en 2008.
La Tunisie golfique enregistre en moyenne annuelle 250.000 greenfees. Ces
derniers représentent près de 70.000 golfeurs, soit 1,2% du marché européen
destiné à l’export et représentant 2 millions de greens européens.
L’objectif de la destination dans les années à venir est d’atteindre 5% de parts
de marché. Est-ce réalisable ? Quels sont les enjeux? Sommes-nous à même de
répondre à ce défi? Le jeu en vaut-il la chandelle ? La Tunisie est-elle perçue
comme une destination golfique ? A-t-elle des chances de le devenir un jour ?
Afin de répondre aux attentes d’un marché du tourisme golfique demandeur, la
Tunisie organise ses réponses. Tout le monde s’accorde à dire qu’il est urgent
de multiplier le parc golfique du pays par deux. C’est d’ailleurs, sur
instructions du chef de l’Etat que l’impulsion a été donnée, il y a bientôt près
de 3 ans.
Selon nos informations, «The Residene Golf club» envisage, à moyen terme, une
extension. «Tunis Sports City» abritera un parcours ainsi qu’une académie
golfique. Dans les alentours de Hammamet, on mentionne un 18 trou dans le cadre
d’un projet de tourisme thermal avec un hôtel de charme dans les alentours du
village de Jedidi.
Pour le groupe Bouslama (hôtel Nahrawess), les études sont ficelées et le début
des travaux était imminent. Les groupes El Kateb (hôtels Aziza) et Bouchamaoui
seraient aussi dans les strating-blocks. Concernant les rénovations et les
extensions, le «Golf Yesmine Hammamet» entame dès novembre 2009 ses travaux. Le
«Golf Citrus» en est au lancement des appels d’offres. A Djerba, l’organisateur
du «Trophée Lacoste» vient de boucler son projet. Il intégrera une école de
tennis. Du côté du «Palm Links Monastir», on entame extensions et rénovations.
Avec ses 350 jours d’ensoleillement par an et sa proximité de l’Europe, la
Tunisie joue sur du velours sur un marché fortement demandeur. Bien que l’on
s’accorde à dire que la Tunisie n’est en aucun cas une destination golfique,
elle ambitionne d’enrichir son offre et de l’étayer. «Je suis très optimiste
quant au développement du secteur et au rattrapage du retard, car nous avons
tous les moyens de réussite : le climat, l’infrastructure hôtelière, la
proximité des capitales européennes et la volonté politique», résume Nidhal Ben
Guebila, Assistant Directeur du «The Residence Golf Club».
Même son de cloche du côté de Leith Khaled, Directeur Commercial du «Groupe El
Kateb». Pour ce professionnel, le positionnement de la destination Tunisie est
très clair. «Sur les 12 millions d’européens golfeurs, il y a 6 millions
d’affilés qui ont un handicap de 28 et plus et qui représentent 50% de la cible.
Ce sont ceux-là qui nous intéressent. Il faut construire des golfs et urgemment.
Les parts de marché sont à prendre. Dans certains golfs très chargés, il y a des
départs toutes les 8 minutes avec des mois entiers de temps d’attente pour les
réservations. Les golfeurs novices sont exclus de beaucoup de parcours ; ils
n’hésiteront pas à voyager pour progresser».
D’autant que le tourisme golfique représente aussi une des solutions
envisageables pour sortir l’hôtellerie tunisienne d’une saisonnalité de plus en
plus courte. «Le golf est une réponse à un meilleur taux de remplissage de nos
hôtels. Il peut être considéré comme une option très sérieuse pour améliorer la
rentabilité des hôtels», précise Mohamed Belajouza, président de la Fédération
tunisiennes de l’hôtellerie.
En témoignent le taux de remplissage et les prix appliqués des hôtels qui ont
été les premiers à miser sur le tourisme golfique. "Nous sommes à un taux de
remplissage de l’ordre de 80%. Nos prix sont parmi les plus élevés du marché.
Nous délogeons en plein basse saison, alors que les hôtels dans les alentours
sont quasiment vides", résume Leith Khaled.
Du côté du groupe "Seabel Hotels", on est tout autant enthousiaste et explicite.
"Depuis que nous avons introduit la clientèle golfique dans les hôtels du
groupe, cela s’est fait ressentir sur notre taux de remplissage et sur nos prix.
Mais, sachez que cela est une gageure pour les hôteliers. De nombreux golfs sont
conventionnés, quand ils ne sont pas actionnaires, avec des hôtels particuliers.
Il n’est pas facile de signer et s’appuyer sur les tours opérateurs spécialisés
dans le tourisme golfique, sans de sérieux contrats d’exclusivité avec les
établissements golfiques. L’arrivée de chaque nouveau golf sur le marché est un
événement heureux. Il tire la destination vers le haut", souligne Anis Meghirbi,
directeur commercial du groupe. Dynamique, le jeune homme fréquente
régulièrement l’IGTM qui se déroule en Espagne. Ce salon est l’une des foires
spécialisées la plus importante dédiée exclusivement au tourisme golfique.
Réputé pour être un bon client, le touriste-golfeur en vacances dépense entre 50
et 100% de plus qu'un touriste moyen. Consommateur de produits touristiques et
hôteliers divers, le golfeur est un bon client, d'où le souci des destinations
touristiques de développer ce secteur. D’ailleurs, les destinations commencent à
se livrer à une guerre acharnée en pariant sur non seulement des «à-côtés
nombreux et de prestige, mais elles misent aussi et surtout sur les grandes
signatures en termes de conceptions de parcours golfiques».
Recours ou choix ?
En effet, pour comprendre les motivations d’un golfeur, il faut soit en être un,
soit savoir écouter les professionnels qui savent interpréter au mieux les
exigences et attentes des golfeurs. L’important étant de décoder les tendances,
les attentes et de les anticiper.
A ce sujet, Leith Khaled mentionne que «pour apprécier une destination golfique,
un joueur voudra jouer dans un périmètre restreint aux moins sur 3 parcours
différents signés d’un grand nom. Il est capital de lui offrir des signatures
golfiques. C’est un trophée et une fierté que d’avoir joué sur tel ou tel
parcours». D’ailleurs, les parcours tunisiens seraient appréciés. «Savez-vous
que Ronald Fream, qui a fait le plus grand nombre de parcours en Tunisie, est
l’un des architectes les plus connus et les plus chers au monde ? Il a réalisé
plus de 150 golfs et a eu un coup de cœur pour la Tunisie. Il fait partie de ces
architectes qui se sont révoltés contre les joueurs qui se sont mis à dessiner
des golfs et apposer leurs griffes sur des parcours», conclut Leith Khaled.
A l opposée de cette vision, certaines voix s’élèvent contre ce genre
d’approche. Elles estiment qu’il est injustifiable de dépenser 2 à 3 millions de
dollars pour apposer une signature sur un parcours. Leurs arguments se résument
en peu de mots: «Nous n’avons ni le segment de clientèle, ni les structures
hôtelières et touristiques et encore moins l’image et le marketing qui vont
avec, pour nous positionner sur le haut de gamme. Les golfeurs qui jouent chez
nous ne connaissent même pas les légendes mondiales du golf».
Ceci est un autre débat. Pour le moment, il est indéniable que le développement
du tourisme golfique est aussi bloqué par les limites, ne serait-ce que
naturelles, du pays. Le golf est assurément une question de stratégie et de gros
investissements. Il est surtout et avant tout une histoire de géographie.
Il reste important de retenir que le tourisme golfique en Tunisie a été plus un
recours qu’un choix. Faute de produits touristiques accompagnant l’offre
hôtelière, on s’est tourné timidement vers le golf pour sa forte valeur ajoutée.
Finalement échappant à une réelle stratégie, les golfs ont fait office de bouées
de sauvetage à un tourisme fait uniquement d’hôtellerie.
D’ailleurs, certains professionnels déplorent qu’en parsemant ici ou là un golf
ou deux cela ne serve à pas à grand-chose. "Il aurait à la limite mieux fallu
décider de dédier une région au tourisme golfique en créant 6 à 8 golfs autour
de Hammamet ou de Sousse-Monastir et s’abstenir pour le reste", déclarent les
plus laconiques.
Une anecdote bien connue dans les milieux golfiques illustre parfaitement cette
hypothèse. Elle rapporte que suite à diverses sollicitations pour programmer la
Tunisie parmi ces destinations golfiques, le décisionnaire de l’un des plus
grands tours opérateur britanniques aurait tout simplement rétorqué: "Le jour où
vous aurez au moins 250 trous, alors nous pourrons parler business".
Voici ce qui a le mérite d’être on ne peut plus clair !
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