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  • L’emploi en Tunisie, des opportunités mais des blocages aussi!
  • Par Imededdine Boulaâba

  • Tout en essayant, depuis la signature en 1995 de l’accord d’association Tunisie-Union européenne, de conduire les entreprises tunisiennes à des niveaux de compétitivités à même d’assurer au pays la maîtrise des conditions de leur insertion dans l’économie mondiale, les pouvoirs publics se devaient de faire face à une forte pression sur le marché du travail, de juguler l’arrivée de promotions, de plus en plus nombreuses, de diplômés de l’enseignement supérieur et de répondre, positivement, à l’accroissement de l’activité féminine.

    En dépit d’une conjoncture internationale difficile due, principalement, à la concurrence impitoyable que se livrent les pays au sud de la Méditerranée pour drainer les IDE du nord et renforcer l’attractivité de leur site auprès des investisseurs internationaux, la Tunisie, au cours de la décennie 1998-2007, a réalisé, durant cette période, un taux de croissance d’environ 5%, ce qui a permis d’augmenter, substantiellement, le revenu par habitant de moins de 5.000 dollars en 1995 à plus de 8.000 dollars en 2007 et d’améliorer l’indicateur de rattrapage des pays de l’OCDE dont le curseur est passé de 25% en 1996 à 30% en 2007.

    Néanmoins, les résultats en matière d’évolution du marché de l’emploi, concluent plusieurs études réalisées sur le terrain, ont été en deçà des performances économiques. Le taux de chômage des diplômés universitaires, en difficulté d’insertion professionnelle, est passé de 9% en 1998 à plus de 17% actuellement. Au nombre de 18.000, dix ans auparavant, à la recherche d’un emploi, une fois le diplôme en poche, ils sont maintenant, indique le rapport de la Consultation Nationale sur l’Emploi, 80.000 à faire pression sur le marché du travail.

    Où est la panne ?

    Si les filières universitaires du pays et les structures de l’apprentissage professionnel continuent la production de profils estudiantins faiblement employables, le chômage endémique des jeunes diplômés pourrait atteindre, d’après certains analystes, 26% en 2016.

    A la fin du premier semestre 2008, 25 mille étudiants, fraîchement débarqués des facultés tunisiennes, sont à la recherche d’un emploi depuis plus deux ans, ce qui questionne un modèle éducatif, incapable de lire les métiers de l’avenir et d’apporter les qualifications correspondantes aux mutations de l’économie nationale, arrimée, désormais, aux impératifs du redéploiement du capital international, fondé sur l’organisation de la compétition, l’exigence du neuf et la mobilité sociale.

    Au fait, après avoir été, des décennies durant, convergents, les chemins respectifs du système éducatif et du marché de l’emploi ont commencé, progressivement, à se séparer avec le désengagement graduel de l’Etat providence des sphères de la production, l’ancrage du tissu industriel national dans les échanges internationaux et l’absence de synchronisation entre les besoins du monde de l’entreprise et les différentes réformes de l’éducation et de la formation.

    Les réformes engagées (MANFORME pour la formation professionnelle et «l’école de demain» pour le cursus scolaire) n’ont pas été à la hauteur des objectifs fixés que ce soit au niveau de l’acquisition des compétences, clefs pour la maîtrise des secteurs innovants de l’économie-monde, de la bonne répartition des flux des apprenants à travers le système de développement des ressources humaines et du pilotage de l’enseignement supérieur vers les différentes passerelles académiques et les postures de flexibilité et de mobilité, condition sine qua non de notre insertion dans un ordre marchand proliférant, excessif, faisant de chaque minute de la vie une occasion de produire, d’échanger et de consommer.

    Revitaliser les atouts du pays

    Le XIème plan vise la réalisation, au cours de la période 2007-2011, d’un taux de croissance moyen de 6,1% avec la création de 82,4 mille nouveaux postes d’emploi par an, la réduction du chômage général de 14,3% en 2006 à 13,4% en 2011, celui des diplômés universitaires de 16,0% en 2006 à 15,6% en 2011 et l’expansion de l’économie du savoir dont la productivité est estimée actuellement à 1,4%, certes le double de la moyenne dans la région MENA, mais bien en dessous des pays de l’Asie du Sud (2,3%) ou de l’Asie de l’Est (5,3%).

    Sans une approche volontariste et innovante, le taux de chômage risque encore de demeurer à deux chiffres en 2016, déclarent les auteurs du rapport de la Consultation Nationale sur l’Emploi.

    Il faut donc à tout prix améliorer les acquis scolaires, synchroniser le repositionnement du tissu économique vers la numérisation et l’immatériel avec le système de l’éducation et de la formation, faire passer les ressources humaines, au sein de l’entreprise tunisienne, d’une position de charges à celle de capital, favoriser la professionnalisation des filières universitaires, selon les normes internationales des professions et pousser les universités à la mise en place d’une fonction Marketing des formations, en relation avec les Observatoires de l’insertion.

    Finalement, une formation qui insère est une formation en relation directe avec l’entreprise. Pour être efficace, affirme Monsieur Abdelhak Dahak, Directeur au sein de l’A.T.F.P, elle nécessite le passage d’une logique d’offre à une logique demande, c'est-à-dire à une «approche client», fondée sur la prospection permanente, l’identification continue des besoins du client.

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