
Avec le décret n°69 du 30 avril 2026, l’État met en place une revalorisation étalée sur trois ans dans le secteur privé non agricole. Un mécanisme finement calibré, où chaque dinar compte — et où chaque hausse est pesée.
Derrière la technicité apparente du texte, une réalité s’impose : la hausse est réelle, mais contenue.
Une mécanique salariale au millimètre
Dès janvier 2026, les augmentations entrent en vigueur selon une double logique : horaire et mensuelle.
Pour les agents d’exécution, la hausse varie entre 0,174 et 0,224 dinar de l’heure, soit 36 à 46 dinars mensuels pour un régime de 48 heures. En 40 heures, le gain tombe entre 30 et 38 dinars.
Les agents de maîtrise bénéficient d’une hausse uniforme de 0,256 dinar par heure, soit 53 dinars par mois (48h) ou 44 dinars (40h).
Quant aux cadres, ils enregistrent une progression de 0,335 dinar horaire, équivalente à près de 70 dinars mensuels (48h).
Mais c’est dans la trajectoire pluriannuelle que se lit la véritable stratégie.
Une progression lente mais continue
En 2027, les hausses sont relevées :
- jusqu’à 0,235 dinar/heure pour les agents d’exécution,
- 0,269 dinar pour la maîtrise,
- 0,352 dinar pour les cadres.
En valeur mensuelle, cela porte les gains à :
- près de 49 dinars pour les agents d’exécution,
- 56 dinars pour la maîtrise,
- et plus de 73 dinars pour les cadres (48h).
En 2028, le dernier palier pousse les augmentations à :
- 0,247 dinar/heure pour les agents d’exécution,
- 0,282 dinar pour la maîtrise,
- 0,370 dinar pour les cadres.
Soit, au maximum :
- 51 dinars mensuels pour les agents d’exécution,
- 58 dinars pour la maîtrise,
- et près de 77 dinars pour les cadres.
Une montée en puissance régulière, mais sans rupture.
Le choix du gradualisme
Ce que révèle ce décret, ce n’est pas seulement une politique salariale. C’est une doctrine.
La Tunisie refuse le choc. Elle privilégie le lissage dans le temps, afin de :
- limiter l’impact sur les charges des entreprises,
- préserver la compétitivité,
- éviter une spirale inflationniste.
Le message est clair : soutenir les revenus, sans fragiliser le tissu productif.
Un rattrapage sous contraintes
Reste une question centrale : ces hausses suffisent-elles ?
À court terme, elles offrent un ballon d’oxygène.
Mais à moyen terme, elles peinent à compenser l’érosion du pouvoir d’achat accumulée ces dernières années.
Car la réalité est connue :
👉 l’inflation a avancé plus vite que les salaires.
Et le décret ne change pas ce déséquilibre structurel. Il l’amortit.
- Hausse des salaires dans la fonction publique : un pansement social qui évite le vrai débat
- Tunisie : tout savoir sur les hausses salariales dans le privé (2026-2028)
- Hausse du SMIG 2026 : bonne nouvelle sociale ou illusion salariale en Tunisie – Tous les détails des augmentations
- Hausse du SMAG agricole : une revalorisation graduelle face à une équation sociale complexe
- Salaires dans la fonction publique en Tunisie : Primes revalorisées, montants et calendrier détaillés (2026-2028)
- Salaires des magistrats : une vraie revalorisation ou un compromis ?
Lecture économique : stabilité contre transformation
Pour les entreprises, le dispositif offre de la visibilité.
Pour les salariés, il apporte une correction partielle.
Pour l’État, il traduit une ligne constante : réformer sans déstabiliser.
Mais cette stratégie comporte un risque.
À force de micro-ajustements, la perception d’un décalage entre effort consenti et attentes sociales peut s’installer. Et nourrir une tension latente.
Le signal marché
- ✔️ Prévisibilité et lisibilité sur 3 ans
- ✔️ Impact maîtrisé sur les coûts salariaux
- ⚠️ Effet limité sur la consommation
- ⚠️ Rattrapage incomplet du pouvoir d’achat
Conclusion
Avec ce décret, la Tunisie confirme une ligne : avancer, mais lentement.
Corriger, mais sans bouleverser.
Une stratégie de stabilité… dans une économie qui, elle, reste sous pression.


