Salaires Fonction PubliqueTunis, 30 avril 2026 – Le gouvernement tunisien franchit une nouvelle étape dans la gestion de la masse salariale publique. Par le décret n°63 du 30 avril 2026, signé par le président Kais Saied, l’État met en place un programme de revalorisation des rémunérations des agents publics, étalé sur trois ans, de 2026 à 2028.

Une augmentation ciblée via les primes

Contrairement à une revalorisation directe des salaires de base, l’exécutif a opté pour une approche plus ciblée : l’augmentation des primes spécifiques. Cette stratégie permet de moduler l’effort budgétaire tout en tenant compte des particularités des métiers et des fonctions.

Le décret prévoit ainsi la révision à la hausse d’un large éventail de primes : gestion et exécution, enseignement, recherche, ingénierie, santé, contrôle administratif, services judiciaires ou encore action sociale.

Cette approche traduit une volonté de différenciation fonctionnelle, visant à valoriser certaines compétences ou contraintes spécifiques, notamment dans les secteurs à forte technicité ou à responsabilité élevée.

Des montants progressifs selon les catégories

Le dispositif repose sur une grille d’augmentation mensuelle différenciée selon les catégories administratives :

  • 120 dinars pour les catégories supérieures (A1 et A2)
  • 100 à 105 dinars pour les catégories intermédiaires (A3 et B)
  • 90 dinars pour les catégories C et D

Ces augmentations entreront en vigueur progressivement à partir du 1er janvier 2026, avec des ajustements en 2027 et 2028.

Un impact étendu aux retraités

Autre point notable : la mesure ne se limite pas aux agents en activité. Le décret prévoit explicitement que ces revalorisations s’appliquent également aux pensions des retraités, conformément à la législation en vigueur.

Ce choix élargit la portée sociale de la réforme, dans un contexte marqué par l’érosion du pouvoir d’achat et les tensions inflationnistes.

Une contrainte budgétaire sous contrôle

En privilégiant les primes plutôt qu’une augmentation généralisée des salaires de base, le gouvernement cherche à maîtriser l’impact budgétaire de la mesure.

La masse salariale publique reste en effet l’un des principaux postes de dépense de l’État tunisien. Dans ce contexte, cette réforme apparaît comme un compromis entre :

  • la nécessité de répondre aux revendications sociales,
  • et l’impératif de soutenabilité des finances publiques.

Le décret introduit d’ailleurs une règle de non-cumul entre certaines primes, afin de limiter les effets d’empilement et contenir les coûts.

Un signal politique et social

Au-delà de ses implications financières, cette décision revêt une dimension politique. Elle intervient dans un contexte de pression sociale croissante, où la question du pouvoir d’achat demeure centrale.

En étalant les augmentations sur trois ans, l’exécutif envoie un double signal :

  • un engagement à améliorer les revenus des agents publics,
  • tout en s’inscrivant dans une logique de gestion graduelle et prudente.

Une réforme à suivre

Reste désormais à observer les effets concrets de cette réforme sur :

  • la motivation des agents publics,
  • l’attractivité de certaines fonctions,
  • et l’équilibre global des finances publiques.

Dans un environnement économique encore incertain, cette mesure s’inscrit comme un levier d’ajustement progressif plutôt qu’un choc immédiat.

En bref

  • Décret n°63 du 30 avril 2026
  • Augmentations via primes spécifiques
  • Montants : 90 à 120 dinars/mois
  • Mise en œuvre : 2026–2028
  • Extension aux retraités
  • Objectif : équilibre entre social et budgétaire.