
Une augmentation programmée… mais graduelle
Le mécanisme retenu repose sur une progression cumulative des salaires de base ainsi que des indemnités de transport et de présence. Contrairement à une hausse ponctuelle, le gouvernement opte pour une montée en charge étalée, calculée chaque année sur la base des rémunérations revalorisées de l’année précédente.
Détail des augmentations prévues
| Année | Base de calcul | Taux appliqué | Effet cumulé |
|---|---|---|---|
| 2026 | Salaire de base actuel (grilles sectorielles) | +5 % | +5 % |
| 2027 | Salaire revalorisé 2026 | +5 % | +10,25 % |
| 2028 | Salaire revalorisé 2027 | +5 % | +15,76 % |
➡️ Hausse cumulée réelle : environ +15,8 % sur trois ans
Ce mécanisme de capitalisation des augmentations produit un effet légèrement supérieur à une simple addition des taux annuels.
Une mesure généralisée mais encadrée
Le décret couvre l’ensemble des secteurs non agricoles soumis au Code du travail et liés à des conventions collectives sectorielles. Il s’applique à tous les salariés, y compris ceux dont les rémunérations dépassent les minima conventionnels.
Mais le texte introduit une clause de neutralisation importante :
👉 les entreprises ayant déjà accordé des augmentations générales équivalentes ou supérieures sur la même période ne sont pas tenues d’appliquer cette revalorisation.
Une disposition qui vise à éviter les doubles charges pour certaines entreprises, notamment dans les secteurs déjà sous tension salariale.
Un équilibre fragile entre social et compétitivité
Sur le plan économique, cette hausse intervient dans un contexte délicat. La Tunisie fait face à une double contrainte :
- Pression sociale accrue liée à l’érosion du pouvoir d’achat
- Marges limitées des entreprises, déjà affectées par l’inflation et le ralentissement de l’activité
Le choix d’un étalement sur trois ans traduit une volonté d’arbitrage.
Plutôt qu’un choc immédiat sur les coûts salariaux, l’État privilégie une trajectoire progressive, plus compatible avec les capacités d’absorption du tissu économique.
Une réponse partielle à une crise plus profonde
Si la hausse cumulée de près de 16 % peut apparaître significative, elle doit être mise en perspective avec la dynamique inflationniste des dernières années. En termes réels, le gain de pouvoir d’achat pourrait rester limité.
D’autant que cette mesure ne s’accompagne pas, à ce stade, de réformes structurelles sur :
- la productivité du travail,
- la fiscalité des entreprises,
- ou encore la formalisation de l’économie.
Un signal politique, plus qu’un tournant économique
Au-delà des chiffres, ce décret illustre une constante de la politique économique tunisienne:
👉 privilégier des ajustements graduels pour contenir les tensions sociales, sans bouleverser les équilibres macroéconomiques.
Un choix pragmatique, mais qui pose une question de fond :
jusqu’où peut-on corriger les déséquilibres par des mesures paramétriques, sans s’attaquer aux racines du problème ?
Lecture rapide
- ✔️ Hausse annuelle : +5 % (2026-2028)
- ✔️ Hausse cumulée réelle : ≈ +15,8 %
- ✔️ Périmètre : secteur privé non agricole (conventions collectives)
- ✔️ Clause clé : exonération si hausses équivalentes déjà accordées
- ⚠️ Impact réel : dépendra de l’inflation et de la capacité des entreprises.


