Transformer la sensibilisation écologique en une véritable responsabilité collective et un levier de transformation sociétale, tel est le défi que le ministère de l’Environnement tente de relever à l’occasion de la célébration de la Journée nationale et mondiale de l’Environnement 2026 (5 juin de chaque année).
L’événement de célébration organisé, vendredi à la Cité de la culture de Tunis, a rompu avec les formats institutionnels classiques pour proposer une plateforme vivante et interactive, réunissant institutions publiques, secteur privé, société civile, jeunes et chercheurs.
L’objectif est de placer le citoyen, notamment les jeunes et les enfants, au cœur de l’action environnementale à travers une expérience immersive et participative.
Un parcours expérientiel articulé autour de plusieurs « Green Districts » a été proposé au public. Il s’agit d’espaces thématiques combinant des expositions, des ateliers participatifs, des démonstrations technologiques et des animations culturelles autour des principaux enjeux liés à l’environnement.
Réunis sous le slogan « Chaque geste environnemental, même modeste, peut générer un impact collectif majeur », ces espaces ont pour objectif de renforcer l’éducation environnementale, particulièrement auprès des jeunes.
La Tunisie traverse en effet, selon le ministère de l’Environnement, une crise écologique majeure qui menace directement son capital naturel stratégique. Cette situation s’explique par la convergence de plusieurs facteurs.
Il s’agit d’un modèle de développement qui a longtemps été basé sur une exploitation intensive des ressources naturelles (sols, eau, forêts, littoral), et qui atteint aujourd’hui, ses limites face à la rareté et à la vulnérabilité des écosystèmes.
Il s’agit également, de lacunes de gouvernance interne liées à des problèmes de planification économique, d’allocation budgétaire et de choix technologiques inadaptés, particulièrement dans les secteurs de la production alimentaire et de la gestion des déchets, outre les menaces exogènes croissantes telles que le réchauffement climatique, la perte de biodiversité et la pollution marine par le plastique, notamment en Méditerranée…
Début 2023, la Tunisie s’est dotée d’une Stratégie nationale de transition écologique (SNTE) visant à faire face à ces défis. Mais la traduction des axes ambitieux de cette stratégie sur le terrain reste tributaire, selon le ministère, d’une meilleure implication citoyenne et d’une sensibilité environnementale partagée et consciemment portée.
Intervenant, le directeur général de l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE), Mohamed Naceur Jeljeli a mis l’accent sur le paradoxe criant entre les investissements engagés en matière d’environnement et les rapports internationaux plaçant la Tunisie à un rang honorable en matière de réalisation des ODD ( 66 sur 167 pays) d’une part et la réalité vécue par les citoyens contraints à côtoyer plusieurs formes de pollution quotidiennement.
Selon lui, la préservation de l’environnement ne doit pas se limiter à la mise en place de politiques et de stratégies mais doit être axée autour de l’humain.
« Si les lois régulent le comportement, la culture et la sensibilisation l’enracinent dans la conscience » a-t-il conclu appelant à une meilleure mobilisation citoyenne en faveur de l’environnement.
De son côté, le ministre de l’environnement Habib Abid, a affirmé que l’implication citoyenne reste le maillon manquant en matière de lutte contre la pollution et de préservation de l’environnement.
Le ministre reconnaît que les efforts engagés sur le plan environnemental n’arrivent pas résoudre tous les problèmes auxquels le pays est confronté, mais il épingle aussi le manque d’implication citoyenne et un certain désintérêt quant aux problématiques environnementales.
« Durant les 4 jours de l’aïd, 30 millions tonnes de déchets ont été collectées, mais cela n’a pas été suffisant pour avoir des rues propres à cause du rejet de déchets ménagers en dehors des horaires de passage des services municipaux » a-t-il déploré.
« Idem pour les plages qui aussitôt nettoyées sont polluées par les estivants, outre le bouchage des conduites d’assainissement par toutes formes de déchets solides, le non respect des normes en matière de rejet des eaux usées, les incendies provoqués par des actes humains »…a-t-il enchaîné.
« L’environnement c’est l’affaire de tous »a-t-il conclu, adressant un appel pressant à une meilleure conscience environnementale et à une adhésion massive aux efforts nationaux en faveur d’un environnement sain.


