
Principale révélation de ce rapport, l’augmentation spectaculaire des déclarations des soupçons (DS) de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme qui lui ont été transmises, au cours de la période précitée, par les professionnels assujettis : banques, Office National des Postes, assurances, entreprises de microfinance, professions non financières désignées..
Selon ce bulletin, « entre 2020 et 2025, leur nombre a presque triplé. Il est passé de 446 en 2020 à 1 334 en 2025 ».
D’après les experts, la CTAF doit cette performance à l’application, depuis 2021, de la plateforme numérique GoAML, un outil informatique onusien mis à la dispositions des établissements financiers devant transmettre à la CTAF les déclarations de soupçons. Le GoAML est un système informatique créé par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime pour qui aider les professionnels précités à signaler les transactions financières suspectes.
Le blanchiment d’argent est l’infraction la plus signalée
La deuxième révélation importante serait l’accroissement des DS sur le blanchiment d’argent et la marginalisation des ds concernant le financement du terrorisme.
Ainsi sur le total des DS transmises sur la période 2020-2025, 98% portent sur des activités de blanchiment d’argent, et seulement 2% au titre du financement du terrorisme.
Au total, sur la période étudiée, 104 DS au titre du Financement du terrorisme ont donné lieu à 69 rapports transmis par la CTAF au parquet. A ce sujet le rapport fait remarquer que les banques commerciales et l’Office National des Postes concentrent l’essentiel des signalements.
Quant aux motifs les plus fréquemment invoqués pour les DS au titre du FT, le rapport cite l’usage récurrent d’espèces, la provenance ou destination de fonds non justifiée, des transferts internationaux multiples provenant de pays à risque ou encore de mouvements inhabituels sur les comptes.
Les virements et espèces, les instruments les plus utilisés pour financer le terrorisme
Concernant les instruments utilisés pour financer le terrorisme et transmises à la CTAF, le rapport évoque le recours aux virements de l’étranger et les espèces qui s’accompagnent, souvent d’après le rapport, par une hausse des transferts interbancaires locaux et de l’apparition des portefeuilles électroniques et cartes bancaires internationales.
Autre révélation du 16ème bulletin de la Ctaf et non des moindres. Il s’agit de la nature des activités qui présentent le plus grand nombre de signalements. Le rapport fait une mention spéciale pour les secteurs liés au commerce international et au tissu associatif.
Les secteurs et personnes physiques les plus soupçonnées
Dans le détail, le rapport relève que ces deux secteurs d’activité représentent plus de la moitié des signalements sur personnes morales, suivis du secteur du BTP (15% des DS). Par ailleurs, les entités concernées sont très majoritairement tunisiennes et récemment créées : 64% des structures visées ont entre deux et cinq ans d’existence ».
Concernant les personnes physiques suspectées de FT, ces dernières sont très majoritairement des hommes (74% en moyenne), âgés de 31 à 40 ans (35%), de nationalité tunisienne (84%) et résidents (plus de 74%), avec des situations professionnelles modestes : ouvriers en tête (15%), suivis des Tunisiens résidant à l’étranger, des chômeurs et des femmes au foyer. Seuls 17% des individus concernés figuraient sur une liste de sanctions financières ciblées ».
A signaler enfin que la CTAF, structure interdépartementale relevant de la Banque centrale de Tunisie (BCT), est chargée d’analyser et de signaler, le cas échéant, au procureur de la République les dossiers laissant suspecter une infraction.
Abou SARRA
EN BREF
- Triplement des alertes : Le nombre de déclarations de soupçons (DS) traitées par la CTAF est passé de 446 en 2020 à 1 334 en 2025.
- Effet GoAML : Cette hausse de performance est directement attribuée au déploiement en 2021 de la plateforme numérique de l’ONUDC.
- Hégémonie du blanchiment : 98 % des signalements concernent le blanchiment d’argent, contre seulement 2 % pour le financement du terrorisme.
- Secteurs sous surveillance : Le commerce international, le tissu associatif et le BTP (15 %) représentent la majorité des structures cibles.
- Profil des suspects : Les personnes physiques visées sont à 84 % tunisiennes, âgées de 31 à 40 ans, exerçant majoritairement des professions modestes (ouvriers, chômeurs).


