La RSE n’est plus une option pour les banques : c’est désormais la clé de leur attractivité et de leur conformité aux critères ESG (Enjeux environnementaux, sociaux et de Gouvernance).

Incontournable, elle ne représente pas seulement un atout d’image, c’est un véritable levier de différenciation et de pérennité. Entre maîtrise des risques extra-financiers, attractivité auprès de clients exigeants, recrutement de talents et conformité aux critères ESG de plus en plus stricts, les banques n’ont d’autre choix que d’intégrer la RSE au cœur de leur stratégie. Depuis 2023, la Banque de Tunisie (BT) a franchi une étape décisive en matière de responsabilité sociétale.

Dans l’entretien ci-après, Salma Jrad, responsable RSE à la Banque de Tunisie, détaille les actions menées dans les domaines environnemental, social, culturel et de gouvernance. Elle explique comment la BT a transformé une démarche longtemps théorique en un véritable levier de développement durable et citoyen.

La BT avait adhéré dès 2016 au Pacte mondial des Nations Unies. Pourquoi avoir attendu 2023 pour donner corps à cette démarche ?

C’est vrai, nous y avions adhéré en 2016, mais cette adhésion était restée essentiellement théorique. À partir de 2023, nous avons décidé de franchir un cap. Nous avons rédigé notre premier rapport de durabilité et surtout lancé des initiatives concrètes. La réglementation évoluait, le contexte local aussi, et nous avons compris que la RSE devait devenir une pratique quotidienne, intégrée à la stratégie de la banque.

Qu’est ce qui a changé depuis et quelles sont vos principales actions RSE en interne ?

Il coule de source que pour que toute stratégie RSE réussisse, il faut gagner l’adhésion du personnel parce que son épanouissement est le socle de toute démarche. La banque n’est pas seulement un lieu de production, c’est aussi un espace de vie.

Nous avons voulu que nos collaborateurs soient convaincus des actions lancées et s’y engagent. Les initiatives sociales existaient déjà via l’amicale, mais elles étaient déconnectées de la politique RSE. Désormais, nous avons intégré ces actions dans une stratégie globale.

“La banque n’est pas seulement un lieu de production, c’est aussi un espace de vie.”

Concrètement, quelles actions ont été menées ?

Nous avons décentralisé les événements médico-sociaux comme « octobre Rose » ou « BT Balance Boost Journey ». Avant, ils étaient organisés uniquement au siège de Tunis.

Aujourd’hui, ils se tiennent dans toutes les régions. En 2025, nous avons aussi lancé les journées de la santé à Sousse et à Sfax. Ces journées de bien-être ont proposé des ateliers de premiers secours, des formations sur la nutrition et des séances de sensibilisation au stress.

Le volet environnemental est emblématique. Quelles sont les actions les plus importantes lancées par la BT ?

C’est évident, c’est un axe majeur. Nous avons lancé des campagnes de reboisement dans la région de Siliana, en partenariat avec l’association Soul and Planet et la Direction générale des forêts. Chaque campagne a permis de planter 16 000 arbres, soit 32 000 en deux ans (2024 et 2025. Nous avons choisi une région sinistrée, moins attractive pour d’autres acteurs, afin de maximiser l’impact.

Ces actions s’inscrivent dans une stratégie de réduction de l’empreinte carbone. La BT a été la première banque tunisienne à établir un bilan carbone 2023. Nous avons aussi mis en place des mesures pour réduire la consommation de papier et de carburant.

Ces campagnes ont-elles rencontré un écho auprès du personnel ?

Absolument. Nous avons parfois du mal à gérer les inscriptions, car tout le monde veut participer. La présence de dirigeants et de responsables institutionnels lors des plantations renforce la portée symbolique de ces initiatives.

“En 2025, près de la moitié de nos agences étaient déjà équipées en panneaux photovoltaïques.”

Vous avez également investi dans la transition énergétique…

En effet. En 2025, près de la moitié de nos agences étaient déjà équipées en panneaux photovoltaïques. Nous avons aussi investi dans une centrale solaire de 1 MGW destinée à couvrir les besoins du siège.

Ce projet est désormais en phase finale de mise en service. Et nous travaillons aussi sur la gestion de l’eau et des déchets, pour réduire notre consommation et améliorer nos pratiques de recyclage.

La Fondation BT a été créée en 2025. Quels sont ses axes prioritaires?

La Fondation BT structure notre action sociale autour de trois axes : santé, éducation et culture. En ce qui concerne le volet santé, nous avons équipé l’hôpital régional universitaire de Gabès en lits de réanimation et acquis une ambulance de type B pour une région de l’intérieur.

Nous avons aussi équipé des centres de soins de base à Métlaoui et ailleurs. Dans l’éducation, nous participons à la rénovation de quelques écoles et installons des classes préfabriquées avec des blocs sanitaires, dont le coût total avoisine les 250.000 dinars. Quatre classes ont déjà été livrées. Nous répondons aux besoins prioritaires transmis par les autorités officielles.

La BT a toujours eu une fibre culturelle. Comment cela se traduit-il aujourd’hui ?

Le Prix Abou Al Kacem Al Chebbi créé en 1984, en est l’exemple le plus fort. Après une pause liée à la pandémie, nous l’avons relancé en 2024 avec une nouvelle vision. Nous avons créé un comité interne chargé de l’organisation, distinct du jury littéraire. Chaque édition est désormais thématisée : ce fût le thème de la « Résistance » en 2025 et pour la prochaine édition, ça sera « l’Enfance ».

Nous encourageons les productions locales et nous impliquons les enfants auxquels nous offrons des carnets d’épargne et des petits prix. Le prix Abou Al Kacem Al Chebbi est reconnu à l’échelle arabe, en témoigne le nombre de participants venant de pays arabes. En 2024, il a été remporté par le Libanais Charbel Dagher, et en 2025 par l’Égyptienne Camilia Abdelfattah. Nous voulons que ce prix soit un vecteur de rayonnement culturel et citoyen.

“Nous conjuguons performance économique et responsabilité sociétale […] Nous sommes fidèles à notre histoire, mais résolument tournés vers l’avenir.”

Qu’en est-il de la gouvernance ?

Salma Jrad : “Nous avons obtenu en 2025 deux certifications internationales : MSI 20000 pour la gestion financière et une certification AML 30000 pour notre dispositif de conformité et de gestion des risques”. Ces distinctions couronnent nos efforts et renforcent la crédibilité de la BT. Elles témoignent d’une volonté de transparence et d’excellence opérationnelle.

Finalement, comment définiriez-vous l’esprit de la BT aujourd’hui ?

La BT a toujours été une banque citoyenne. Avec la RSE, nous donnons plus de cohérence et de visibilité à nos engagements. Nous conjuguons performance économique et responsabilité sociétale. Environnement, santé, éducation, culture et gouvernance : tout cela fait partie de notre identité. Nous sommes fidèles à notre histoire, mais résolument tournés vers l’avenir. La BT inscrit son action dans une logique durable et citoyenne, fidèle à son histoire mais pleinement engagée dans les défis contemporains.

Entretien conduit par Amel Belhadj Ali

EN BREF

  • Rupture stratégique : Passage en 2023 d’une adhésion théorique au Pacte mondial de l’ONU à une intégration RSE opérationnelle au quotidien.
  • Pionnier Vert : Première banque tunisienne à réaliser son bilan carbone, complété par la plantation de 32 000 arbres à Siliana (2024-2025).
  • Autonomie Énergétique : Près de 50 % des agences connectées au photovoltaïque et finalisation d’une centrale solaire de 1 MW pour le siège en 2025.
  • Impact Social : Création de la Fondation BT en 2025, investissant notamment 250 000 DT dans la réhabilitation d’infrastructures éducatives d’urgence.
  • Excellence ESG : Double certification internationale obtenue en 2025 avec les standards MSI 20000 (finance) et AML 30000 (conformité).