
Ce mégaprojet dont le président Abdelamajid Tebboune a annoncé, en février 2026, la mise en service pour 2029, moyennant un financement global de 13 milliards de dollars vise à relier, sur une distance de 4130 kms, les champs gaziers du Nigeria, via le Niger et l’Algérie.
A terme le TSGP permettra d’acheminer jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, depuis les gisements nigérians vers les sites algériens, puis direction les marchés européens (Sardaigne-espagne) en utilisant les gazoducs déjà existants en Méditerranée (actuel Transmed, futur TSGP, Medgaz avec l’Espagne…).
Les algériens ne jurent que par le TSGP
Conséquence : les algériens, grisés par le potentiel dont recèle ce mégaprojet seraient tentés, d’après la rumeur, de faire ainsi, l’économie de la redevance perçue par la partie tunisienne. Pour mémoire, ils ont essayé une première fois en proposant, à un certain moment, que l’Algérie construise un gazoduc direct vers l’Italie, comme le projet Galsi (Annaba-Sardaigne), et ce, pour contourner les redevances tunisiennes.
Est il besoin de rappeler ici que pour la Tunisie le pipeline transmed est, jusqu’ici, une manne économique : elle perçoit une redevance de 5,25 à 6,75 % du gaz transitant, soit en gaz naturel (66 % de sa consommation) soit en devises, 1,828 milliard de dinars tunisiens (600 millions de dollars en 2022).
Inauguré en 1983, le gazoduc Transmed (ou Enrico Mattei) relie le gisement algérien de Hassi R’Mel à la Sicile via 370 km de territoire tunisien. Avec une capacité de 33,5 milliards de mètres cubes (bcm) par an, il a transporté 26,5 bcm en 2022, faisant de l’Italie le principal client gazier de l’Algérie.
Dans le contexte géopolitique post-2022, marqué par la guerre en Ukraine et la réduction des importations gazières russes, le Transmed est devenu un atout stratégique. L’Italie, cherchant à diversifier ses approvisionnements, a recouru au gaz naturel de l’Algérie laquelle a renforcé sa position de fournisseur clé en Europe.
Scénarios en cas de fermeture du Transmed
Au final nous pouvons dire que l’idée de fermeture du Transmed serait une grosse perte, particulièrement, pour la Tunisie. La perte des redevances (1,369 milliard TND environ en 2024) et de 66% de son approvisionnement gazier aggraverait sa crise économique. Pour subvenir à ses besoins en gaz naturel, la Tunisie pourrait en importer depuis l’Europe ou la Libye mais ce serait coûteux et logistiquement complexe.
En guise d’alternative, la Tunisie n’aurait, en principe d’autre alternative que d’investir massivement dans les énergies renouvelables et d’exploiter à cette fin l’interconnexion sous marine « ELMED » qui reliera la Tunisie à l’Italie d’ici 2029.
- Lire aussi : Tunisie : la Kasbah accélère les projets stratégiques ELMED et Mdhilla 2 pour relancer l’économie
Elle peut négocier à la limite avec ces deux voisins l’Algérie et l’Italie, une modernisation du Transmed et faire en sorte que ce gazoduc vieille génération ne transporte pas uniquement du gaz naturel mais également d’autres produits (hydrogène, ammoniac, électricité…).
Pour l’Algérie et l’Italie, la mise en service du TSGP arrangerait leurs affaires. Il va les servir grandement d’autant plus que le TSGP, contrairement au Transmed, va acheminer en plus du gaz naturel, de l’hydrogène, de l’ammoniac et même l’électricité.
En visite, au mois de mars 2026 à Alger, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a annoncé un renforcement de la coopération avec l’Algérie dans le but « d’augmenter la fourniture de gaz » algérien à l’Italie appelée à devenir un hub énergétique pour toute l’Europe. L’Espagne a fait autant.
Mieux, l’Algérie, forte de sa stabilité et de son partenariat avec le Nigéria (premières réserves de gaz en Afrique et huitièmes dans le monde), est en train d’imposer à l’international sa réputation de fournisseur stable, constant et fiable. Un pays géant comme la Chine, soucieux de diversifier ses sources d’approvisionnement, aurait manifesté son intérêt pour le gaz et pétrole algériens.
Selon le média chinois South China Morning Post, l’Algérie, avec ses vastes réserves de pétrole et de gaz, est devenue une “urgence” pour la Chine, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en hydrocarbures.
Abou SARRA
EN BREF
- Mégaprojet TSGP : Un investissement de 13 milliards de dollars pour relier le Nigeria à l’Europe via l’Algérie d’ici 2029.
- Dépendance Tunisienne : Le Transmed assure 66 % du gaz consommé en Tunisie et rapporte environ 600 millions de dollars de redevance annuelle.
- Ambitions Italiennes : Rome accélère ses accords avec Alger pour devenir le hub énergétique principal de l’Union européenne.
- Risque de Rupture : Une fermeture du Transmed priverait Tunis de 1,369 milliard TND de revenus, aggravant une crise économique déjà sévère.
- Alternative ELMED : La Tunisie mise sur l’interconnexion électrique avec l’Italie et la transition vers l’hydrogène pour rester dans la course.


