Les travaux de la première journée du colloque scientifique international « People Around the Baron» (Les gens autour du Baron), ouvert vendredi au Centre des musiques arabes et méditerranéennes (CMAM) « Ennejma Ezzahra », se sont poursuivis avec les interventions de plusieurs chercheurs, universitaires et artistes spécialisés dans l’histoire du palais Ennejma Ezzahra et de la figure du Baron Rodolphe d’Erlanger.

Placé sous l’égide du ministère des Affaires culturelles, ce colloque international est organisé par le CMAM les 5 et 6 juin 2026 au palais Ennejma Ezzahra, à Sidi Bou Saïd (banlieue de Tunis). Il se tient en hommage au Baron d’Erlanger, orientaliste installé en Tunisie qui s’était entouré d’érudits et de maîtres de l’art musical pour initier un projet culturel et civilisationnel inédit, axé sur la réhabilitation et la promotion de la musique arabe.

Inscrit au registre « Mémoire du monde » de l’Unesco depuis le 25 mai 2023 sur proposition de la Tunisie, le fonds musical de Rodolphe d’Erlanger (1910-1932) constitue une ressource universelle inédite, issue de six années d’inventaire et de numérisation par les experts du CMAM. Ces archives rares sauvegardent des transcriptions uniques de traditions musicales aujourd’hui disparues ou méconnues, des cantillations hébraïques des juifs de Tunisie aux chants touareg et répertoires de la péninsule Arabique.

La deuxième séance, organisée dans la matinée de cette première journée, a été consacrée aux différents aspects de ces intérêts musicaux. Elle a réuni les universitaires et musicologues Anis Klibi, Mehdi Trabelsi et Makram Ansari, ainsi que le chercheur en histoire de la musique Fakher Rouissi et la doctorante Chérifa Karoui. Les intervenants ont mis en lumière plusieurs personnalités de l’entourage du Baron ayant collaboré à son projet musical.

Parmi elles figure le maître de la musique traditionnelle tunisienne Mohamed Ghanem, dont le parcours a été présenté par Anis Klibi. Membre de l’équipe du Baron de 1918 à 1932, Ghanem a réalisé de nombreux travaux de transcription au palais. Il a également dirigé la troupe tunisienne au Congrès de musique arabe du Caire en 1932. Ce joueur de rabâb émérite, qui maîtrisait l’écriture musicale, est devenu le premier instrumentiste de rabâb de La Rachidia dès sa fondation en 1934.

De son côté, Mehdi Trabelsi a analysé les convergences musicales entre le compositeur et pianiste hongrois Béla Bartók et Rodolphe d’Erlanger. Il a mis en évidence les similitudes dans leurs démarches artistiques, notamment leur méthodologie de recherche, leurs thématiques et la collecte d’enregistrements sonores liés à l’ethnomusicologie.

Fakher Rouissi a consacré son intervention à Mardochée Slama, un musicien juif tunisien qui a contribué au projet du Baron. Ce joueur de qanûn, très proche du Baron qui lui avait loué une maison à Sidi Bou Saïd, était également un ami d’Ahmed Bey et de sa famille. Cette position lui permettait de jouer lors des soirées du mardi au palais du Bey, renforçant ainsi son apport aux travaux d’Erlanger.

Makram Ansari, directeur de la Maison du Malouf au Théâtre de l’Opéra de Tunis, a quant à lui abordé les manuscrits musicaux anciens traduits dans le cadre du projet d’Erlanger, sur lesquels il a travaillé pendant treize ans à partir de 2003. Son analyse s’est focalisée sur l’apport d’Abdelaziz Baccouche, premier secrétaire du Baron, chargé de la traduction des manuscrits musicaux arabes.

Chérifa Karoui a exploré les coulisses de la relation entre d’Erlanger et Fernand Suarès, homme d’affaires et banquier, issu d’une famille juive italo-égyptienne, résident en Égypte. Qualifié d’« homme de l’ombre », ce cofondateur de la première banque d’Égypte a joué un rôle clé de facilitateur pour le Congrès de musique arabe, servant de trait d’union entre le Baron et la cour royale égyptienne.

Les travaux se sont poursuivis dans l’après-midi et reprendront samedi, avec des interventions multidisciplinaires croisant l’histoire culturelle et artistique avec l’architecture, la décoration ou encore l’art des jardins.