
Des échantillons de fibres blanches, des sacs de compost organique enrichi et des conteneurs au design soigné étaient exposés côte à côte, illustrant une success story inspirante : transformer un déchet hautement polluant en une ressource durable.
Une opportunité économique née d’un constat environnemental
Dans une déclaration accordée à WMC depuis le stand de l’entreprise, Amir Ghazlani, ingénieur agronome tunisien et investisseur dans le recyclage des déchets, a expliqué que le projet est né à la suite d’une étude ayant mis en évidence un important potentiel économique et d’investissement dans le recyclage des mégots de cigarettes, alors qu’aucune solution globale n’existait encore sur ce marché.
Il a ajouté que les statistiques en Tunisie font état d’environ deux millions de fumeurs consommant en moyenne dix cigarettes par jour, ce qui représente plusieurs milliards de mégots abandonnés chaque année dans la nature.
Un déchet aux conséquences environnementales sous-estimées
Amir Ghazlani a également alerté sur les graves conséquences environnementales de ces déchets. Bien qu’un mégot ne pèse qu’environ 0,20 gramme, il peut contaminer jusqu’à 500 litres d’eau.
Il a par ailleurs corrigé une idée largement répandue en précisant que le filtre des cigarettes n’est pas constitué de coton, mais d’acétate de cellulose, une matière plastique particulièrement polluante qui met près de dix ans à se dégrader dans la nature.
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Un procédé de recyclage sans produits chimiques
Concernant le procédé de recyclage présenté sur le stand, il a expliqué que le traitement commence par la collecte des mégots à l’aide de cendriers-poubelles spécialement installés dans les entreprises, les organisations non gouvernementales, les cafés et les restaurants.
Les mégots sont ensuite soumis à un tri mécanique afin de séparer le tabac et le papier de l’acétate de cellulose. Cette matière est ensuite lavée uniquement à l’eau, sans aucun produit chimique. Les eaux usées sont, quant à elles, traitées dans une station spécifique utilisant des procédés de coagulation et de floculation, avant le séchage des déchets dangereux.
Des fibres recyclées pour de multiples usages
L’ingénieur agronome a précisé que la matière obtenue est broyée puis transformée mécaniquement en fibres non tissées. Celles-ci trouvent de nombreuses applications industrielles, notamment dans le rembourrage de matelas et de coussins, la fabrication de sacs et de boîtes, ainsi que dans les matériaux d’isolation acoustique et thermique.
Parallèlement, les résidus de tabac et de papier issus du tri sont valorisés sous forme de compost organique naturel destiné notamment aux cultures en pots et aux plantes.
Un outil numérique au service de la responsabilité environnementale
Sur le volet numérique, Amir Ghazlani a indiqué que le projet est soutenu par une application web, accessible via bunta.tn, réservée aux entreprises partenaires. Celle-ci permet de suivre en temps réel les quantités de mégots collectées et de mesurer précisément leur impact environnemental, notamment en calculant le volume d’eau préservé de la pollution en fonction du poids recyclé.
Les entreprises bénéficient ainsi de rapports périodiques destinés à appuyer leur stratégie de responsabilité sociétale et environnementale (RSE).
De notre envoyé spécial à Rabat, Hajer Krimi
EN BREF
- Gisement massif : Plusieurs milliards de mégots de cigarettes jetés par an en Tunisie.
- Risque environnemental : 1 mégot = 500 litres d’eau potentiellement contaminés.
- Technologie verte : Processus de transformation 100% mécanique sans ajout de produits chimiques.
- Valorisation industrielle : Création de fibres isolantes et de compost organique.
- Impact RSE : Outil de reporting numérique pour mesurer l’impact écologique des entreprises.


