
Également président de l’Association africaine des plaies et de leur cicatrisation, le Dr Messaadi a fait cette déclaration à WMC, en marge de sa participation à la conférence Technovation Smoke-Free, organisée à Rabat par Philip Morris International (PMI).
Le tabac, un frein à la cicatrisation des plaies
Fort de sa longue expérience dans les services de réanimation, le spécialiste explique avoir été confronté quotidiennement aux lourdes séquelles du tabagisme, notamment l’insuffisance respiratoire chronique dont souffrent de nombreux patients.
Il souligne que les recherches scientifiques les plus récentes ont également mis en évidence un autre impact majeur du tabac : son rôle dans le ralentissement de la cicatrisation. Le tabagisme constitue un obstacle important à la guérison des plaies, en particulier des plaies chroniques telles que le pied diabétique, les ulcères veineux et artériels ou encore les escarres, en raison de ses effets sur la vascularisation et l’oxygénation des tissus.
Nicotine et combustion : deux réalités distinctes
Analysant les mécanismes scientifiques liés aux risques du tabac, le Dr Messaadi distingue deux composantes.
La première est la nicotine, responsable de la dépendance et de l’addiction, avec des effets spécifiques sur les vaisseaux sanguins et le rythme cardiaque.
La seconde est la combustion, qu’il considère, sur la base des données scientifiques disponibles, comme le principal facteur responsable des maladies graves et des cancers mortels, notamment le cancer du poumon.
Plaider pour une approche pragmatique de la réduction des risques
Le spécialiste rappelle que le traitement du cancer du poumon représente un coût extrêmement élevé. Selon lui, la Tunisie, comme de nombreux pays africains, ne dispose pas des ressources économiques et logistiques nécessaires pour supporter durablement une telle charge.
Il estime que, si des études scientifiques robustes démontrent l’efficacité de solutions alternatives permettant de réduire les risques pour les fumeurs incapables d’arrêter définitivement de fumer, les systèmes de santé devraient envisager ces options comme des alternatives réalistes afin de limiter les dommages sanitaires.
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Les limites des méthodes classiques de sevrage
Évoquant les dispositifs actuels de sevrage, notamment les substituts nicotiniques tels que les gommes et les patchs, le Dr Messaadi rappelle que ces traitements sont disponibles gratuitement en Tunisie dans les consultations externes des hôpitaux, aux côtés d’autres approches comme l’acupuncture.
Toutefois, il constate que le recours à ces solutions demeure très faible au regard de l’ampleur du tabagisme. Il appelle ainsi à ne pas laisser les fumeurs évoluer dans des parcours à haut risque et à privilégier des solutions innovantes susceptibles de sauver des vies tout en allégeant la pression sur les systèmes de santé.
Renforcer la coopération scientifique en Afrique
En conclusion, le Dr Amanallah Messaadi considère que la conférence Technovation Smoke-Free de Rabat constitue une plateforme essentielle pour renforcer les échanges scientifiques entre médecins et décideurs africains.
Il insiste sur la nécessité de poursuivre la formation médicale afin de corriger certaines idées reçues et de distinguer clairement les effets de la nicotine de ceux liés à la combustion du tabac. Selon lui, cette meilleure compréhension scientifique constitue « le véritable point de départ » d’une évolution durable des politiques de santé sur le continent africain.
De notre envoyé spécial à Rabat, Hajer Krimi
EN BREF
- Défi stratégique : Le tabagisme est devenu une menace urgente pour les systèmes de santé africains.
- Complexité clinique : Le tabac est un facteur majeur de non-cicatrisation des plaies chroniques (diabète, ulcères).
- Nuance cruciale : Nécessité absolue de différencier les effets addictifs de la nicotine de la toxicité fatale de la combustion.
- Approche pragmatique : Appel à adopter la réduction des risques face à l’échec relatif des méthodes de sevrage classiques.
- Souveraineté : Alléger la pression économique sur les hôpitaux via une prévention innovante et mieux ciblée.


