OTE Forum DiasporaLes Journées Forums OTE consacrées cette année à l’investissement des Tunisiens de l’étranger et à l’inclusion financière ont mis en lumière une dynamique nouvelle : un État qui territorialise sa stratégie, un secteur privé qui appelle à la confiance, une diaspora qui devient un levier structurant du développement… et un partenaire international, la GIZ, qui soutient et renforce cette transformation à travers un projet dédié à l’inclusion financière et socioéconomique.

Le District II, cœur économique du pays, s’impose comme un des terrains d’expérimentation de cette ambition nationale.

Les Journées Forums OTE ne sont pas un simple cycle de rencontres : elles s’inscrivent dans une démarche structurée, portée par le projet « Promotion de l’inclusion financière et socioéconomique en Tunisie (IFSE) », mis en œuvre par la GIZ à travers sa composante EDMEJ – GIZ, cofinancée par l’Union Européenne et le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

Un soutien international qui apporte trois leviers essentiels : une expertise technique en inclusion financière, digitalisation et accompagnement des publics vulnérables et de la diaspora, un cadre méthodologique pour structurer les politiques publiques et les dispositifs d’appui aux Tunisiens de l’étranger et un effet catalyseur pour renforcer la coordination entre les institutions nationales : OTE, Banque centrale, Poste tunisienne, CDC, OIF et autorités locales.

Objectif : faire des Forums OTE un espace où les politiques nationales rencontrent les standards internationaux et où les ambitions locales se connectent aux meilleures pratiques globales.

Un territoire stratégique : le District II comme colonne vertébrale économique

Après une première journée consacrée, jeudi 23 juillet, au District V à Tataouine, les Journées Forums OTE ont poursuivi leur itinéraire territorial en s’arrêtant, mercredi 29 juillet, au District II, cœur économique du pays. Il s’agit de Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba, Nabeul et Zaghouan.

Ce district concentre des atouts majeurs soit une économie diversifiée (mécanique, électronique, textile, agroalimentaire, services), des pôles touristiques et technologiques, des infrastructures structurantes (aéroport, port, universités, pôles technologiques).

Mais il porte aussi des fragilités : pression urbaine, infrastructures vieillissantes, chômage élevé dans certaines zones, disparités sociales. D’où la question centrale posée dès l’ouverture des Forums : comment transformer des opportunités théoriques en projets concrets pour les Tunisiens de l’étranger ?

« L’investissement des Tunisiens de l’étranger doit être territorialisé, c’est-à-dire aligné sur les besoins et les potentiels spécifiques de chaque gouvernorat. » — Imed Boukhris

Imed Boukhris : une vision territoriale pour mobiliser la diaspora

Le gouverneur de Tunis, Imed Boukhris, a ouvert les Journées en appelant à une approche fondée sur l’écoute et la co-construction. Il souligne l’importance de « sortir avec des recommandations pratiques qui servent la région, la diaspora et la Tunisie ».

Son intervention met en avant une idée forte : l’investissement des Tunisiens de l’étranger doit être territorialisé, c’est à dire aligné sur les besoins et les potentiels spécifiques de chaque gouvernorat du District II.

Ainsi, les six gouvernorats sont présentés comme autant de profils d’investissement :

  • Tunis – pôle économique saturé mais incontournable,
  • Ariana – croissance rapide et forte densité technologique,
  • Ben Arous – logistique et industrie,
  • Manouba – besoins sociaux et potentiel de redressement,
  • Nabeul – tourisme et industries traditionnelles et
  • Zaghouan – agriculture, ruralité et ressources naturelles.

Cette cartographie ouvre la voie à une réflexion sur les zones prioritaires, question posée frontalement dans les panels : l’État dispose-t-il de critères clairs pour définir les zones à cibler en premier pour les investissements des TRE ?

Samir Majoul : transformer la confiance en investissement productif

Le discours du président de l’UTICA, Samir Majoul, a donné une profondeur économique et stratégique à ces Journées. Il rappelle d’abord l’ampleur de la diaspora tunisienne : « plus de deux millions de Tunisiens résidant à l’étranger, un partenaire essentiel pour l’économie nationale ».

Les chiffres des transferts sont éloquents : « Ces transferts ont atteint 8,8 milliards de dinars en 2025, avec une croissance de 6 %, et pourraient dépasser 9 milliards en 2026 ». Pour Majoul, ces montants ne sont pas seulement financiers : « Ils reflètent avant tout la confiance continue que les Tunisiens de l’étranger placent dans leur pays ».

Mais il appelle à un changement de paradigme : « La prochaine étape exige de renforcer la contribution des Tunisiens de l’étranger dans l’investissement productif ».

Le District II devient alors un terrain d’expérimentation : « Cet espace représente un modèle vivant de potentialités et d’opportunités ». Majoul rappelle que le plan de développement 2026–2030 y prévoit : « plus de 4 400 projets pour un coût total avoisinant 28,6 milliards de dinars ». Il conclut en lançant un appel à la diaspora : « Faisons des énergies de nos Tunisiens à l’étranger une force motrice pour un développement durable ».

« Ces transferts ont atteint 8,8 milliards de dinars en 2025, avec une croissance de 6 %, et pourraient dépasser 9 milliards en 2026. » — Samir Majoul

Inclusion financière : le passage des transferts à l’investissement

Le deuxième axe des Forums OTE concerne l’inclusion financière, un enjeu majeur pour transformer les transferts en capital productif. Le constat est clair : les transferts de la diaspora représentent des milliards, mais une grande partie est absorbée par la consommation.

Les panels ont donc abordé : la digitalisation des transferts et les produits financiers dédiés aux TRE, les mécanismes d’épargne et d’investissement sécurisés, ainsi que les stratégies d’inclusion financière ciblées.

Les intervenants ont été interpellés sur la capacité des institutions tunisiennes à offrir des solutions compétitives face aux plateformes internationales, et à garantir transparence, rapidité et sécurité.

L’objectif est clair : aligner les flux financiers, les outils digitaux et les projets territoriaux du District II pour que chaque dinar transféré puisse devenir un levier de création de valeur. Une nouvelle grammaire de la confiance.

Une Tunisie qui se construit avec ses expats

Au-delà des chiffres et des projets, les Journées Forums OTE 2026 ont révélé une nouvelle grammaire de la relation entre la Tunisie et sa diaspora. Imed Boukhris a insisté sur la nécessité de bâtir une relation de confiance durable. Samir Majoul a rappelé que l’investissement est un pont entre la Tunisie et ses compétences à l’étranger : “un pont qui relie la Tunisie à ses talents, à ses marchés et à ses perspectives”.

Les expats ne représentent pas seulement un soutien financier : ils deviennent un partenaire stratégique, un acteur de la transformation territoriale, économique et sociale.

Si les 4 400 projets du District II rencontrent les 2 millions de Tunisiens du monde, si les 8,8 milliards de dinars de transferts se transforment en capital patient, en innovation et en création de valeur, alors les Forums OTE 2026 auront marqué un tournant.

La Tunisie ne se contentera plus de compter sur sa diaspora. Elle commencera à se construire avec elle.

Amel Belhadj Ali

EN BREF

  • Record de transferts : Les envois de fonds des TRE ont atteint 8,8 milliards de dinars en 2025 et devraient dépasser 9 milliards de dinars en 2026.
  • Changement de paradigme : L’objectif prioritaire est de transformer les transferts financiers traditionnels dédiés à la consommation en investissements productifs d’avenir.
  • District II stratégique : Le plan 2026–2030 y prévoit 4 400 projets d’un coût global de 28,6 milliards de dinars sur 6 gouvernorats.
  • Inclusion financière & Digitalisation : Appui technique de la GIZ, de l’UE et du BMZ pour moderniser les canaux de transfert et structurer des offres d’épargne sécurisées.
  • Approche territorialisée : Adéquation ciblée des projets de la diaspora selon les spécificités économiques locales (Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba, Nabeul, Zaghouan).