
La Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0) de la Tunisie récemment présentée au public et aux multi-acteurs du climat, lors d’un séminaire organisé par le Forum national de l’adaptation aux changements climatiques (FNACC), place la transition énergétique au cœur des efforts visant une économie décarbonée à l’horizon 2035.
Ce document stratégique table sur une réduction de l’intensité carbone de l’économie de 62 % d’ici 2035 par rapport à l’année de référence 2010. Le secteur de l’énergie s’impose comme le pilier central de cette stratégie d’atténuation.
Sur la période 2026-2035, la mise en œuvre de la CDN 3.0 dans le domaine de l’atténuation, nécessite la mobilisation d’environ 25 milliards de dollars USD, soit 47% des besoins totaux de la CDN 3.0. Sur ces 25 milliards de dollars, le secteur énergétique mobilise, à lui seul, 87 % des besoins de financement, soit environ 21,665 milliards de dollars. Ces investissements se répartissent principalement entre e déploiement des énergies renouvelables (45 %), le renforcement de l’efficacité énergétique (24 %) et le développement des infrastructures de transition (18%).
A ces besoins financiers pour l’investissement, s’ajoutent les financements nécessaires au renforcement de capacités, au transfert des technologies et à l’accompagnement des programmes d’atténuation, évalués à 1,25 milliards de dollars sur la période couverte par la CDN 3.0.
Vers un mix électrique à 50 % de renouvelables
L’objectif phare de la CDN 3.0 est l’accélération massive du déploiement des énergies propres. La Tunisie ambitionne d’atteindre une part d’au moins 50 % d’énergies renouvelables (solaire et éolien) dans le mix électrique à l’horizon 2035. Parallèlement, la Tunisie mise sur l’efficacité énergétique pour réduire son intensité énergétique primaire de 3,5 % par an entre 2026 et 2035, avec pour objectif de consommer trois fois moins d’énergie en 2035 par rapport au niveau actuel.
La stratégie souligne l’importance du raccordement électrique sous-marin avec l’Italie, prévu pour 2028, d’une capacité de 600 MW. Ce projet est jugé crucial pour faciliter l’intégration des énergies renouvelables et assurer la sécurité énergétique du pays. De plus, la Tunisie prévoit une électrification accrue des usages, avec une part de l’électricité atteignant 33 % de la consommation finale en 2035 (contre 22 % en 2022), notamment via la promotion de la mobilité électrique.
Un levier de développement social
Au-delà de l’aspect technique, le volet énergétique de la “CDN 3.0” promet des retombées sociales majeures à travers la création d’au moins 27000 équivalent-emplois permanents directs. A cela s’ajoute la création d’activités génératrices d’emplois dans tous les autres secteurs (AFAT, déchets et procédés industriels).
De plus, le programme de transition énergétique, permet de réduire la précarité énergétique des ménages les plus vulnérables, notamment à travers les programmes de maîtrise de l’énergie destinés à cette catégorie de ménages, comme les programmes Prosol Elec économique et Prosol Elec social d’équipement PV des ménages à faible revenu et le PromoLED de diffusion des lampes LED au profit de cette catégorie de ménages, etc.
Par ailleurs, les programmes visant la restauration des écosystèmes et des sols, et l’amélioration des rendements des activités liées (production de denrées alimentaires, amélioration du bilan fourrager pour l’alimentation du bétail, etc.) induiront une hausse des revenus de la population rurale ce qui entraînera une répartition plus juste et plus équitable des fruits de la croissance à l’ensemble des catégories rurales (femmes, jeunes, métiers défavorisés), et donc une stabilisation des populations en milieu rural.
Les contributions déterminées au niveau national, ou CDN, sont des plans nationaux d’action climatique élaborés par chaque pays dans le cadre de l’Accord de Paris. La CDN d’un pays décrit comment il prévoit de réduire ses émissions de gaz à effet de serre pour contribuer à atteindre l’objectif mondial de limiter la hausse des températures à 1,5 °C et s’adapter aux impacts des changements climatiques. L’Accord de Paris exige que les CDN soient mises à jour tous les cinq ans avec une ambition croissante, en tenant compte des capacités de chaque pays.


