
L’idée selon laquelle l’informatique deviendrait « une usine à chômeurs » reflète une inquiétude croissante autour de l’automatisation. Toutefois, cette lecture reste partielle. Les profils les plus exposés seraient surtout ceux dont les tâches reposent sur l’exécution répétitive, sans capacité d’analyse, de conception ou d’adaptation.
Le parallèle avec l’arrivée des outils bureautiques dans les années 1990 revient régulièrement dans les discours liés à la transformation numérique. L’IA est présentée comme un nouvel outil transversal, comparable à l’impact qu’ont eu Word, Excel ou PowerPoint sur les métiers administratifs et techniques. Ceux qui maîtrisaient ces outils ont vu leur employabilité progresser. Le même raisonnement s’appliquerait aujourd’hui aux usages de l’IA.
Un décalage entre formation et marché
Les chiffres montrent un déséquilibre durable sur le marché du travail tunisien. Le taux de chômage des diplômés du supérieur atteint 24,2 %. Dans le même temps, 80 % des entreprises disent manquer de compétences adaptées.
Selon des données de la Banque mondiale citées pour 2025, 45 % des diplômés ne disposent pas de compétences directement utilisables sur le marché de l’emploi. Ce constat souligne l’écart entre les formations proposées et les besoins des entreprises.
La question dépasse désormais le seul secteur de l’ingénierie informatique. Elle concerne l’ensemble des métiers. Si l’intelligence artificielle devient un outil courant, au même titre que le tableur, sa maîtrise pourrait rapidement s’imposer comme une compétence de base dans la majorité des secteurs professionnels.
Les secteurs appelés à résister
Selon Kaïs MABROUK, PhD, une cartographie du marché de l’emploi tunisien à l’horizon 2026-2030 met en avant plusieurs secteurs considérés comme plus résilients face aux transformations technologiques. La santé, l’ingénierie de précision, la cybersécurité et les énergies renouvelables figurent parmi les domaines où l’expertise humaine resterait centrale.
L’analyse repose sur l’idée que les métiers capables d’intégrer l’IA comme outil d’optimisation conserveront leur valeur. À l’inverse, les secteurs qui tardent à adapter leurs modèles ou leurs compétences pourraient subir une perte de compétitivité plus rapide.
Une adaptation présentée comme prioritaire
La transformation liée à l’IA est ainsi décrite moins comme une suppression massive d’emplois que comme une mutation des profils recherchés. La capacité à apprendre, à comprendre les outils numériques et à les intégrer dans les pratiques professionnelles apparaît comme un facteur déterminant pour l’employabilité future.
La comparaison historique avec Carthage illustre cette idée d’adaptation économique. Dans cette lecture, la capacité des futurs diplômés tunisiens à utiliser l’intelligence artificielle pourrait devenir un levier de compétitivité comparable à celui qu’ont représenté les précédentes révolutions technologiques.


