
Les cinq dossiers économiques de la semaine semblent différents. Ils racontent pourtant la même histoire : celle d’un pays qui accumule les dépendances.
La première est financière. En 2025, l’investissement national ne représentait que 15,5 % du PIB, contre environ 30 % au Maroc. Dans le même temps, les créances sur l’État atteignent 56 milliards de dinars, dont 36 milliards détenus par les banques commerciales. Le système financier dispose pourtant de nombreux instruments : SICAR, FCPR, leasing, factoring, crowdfunding, mécanismes de garantie. Le problème n’est donc pas l’absence d’outils, mais leur incapacité à irriguer suffisamment l’économie productive.
La deuxième dépendance est énergétique. À fin août 2026, le déficit commercial tunisien atteint 17,854 milliards de dinars. Le déficit énergétique représente à lui seul 8,930 milliards. Près de la moitié du déséquilibre commercial vient donc de l’énergie. Cette facture pèse sur les devises, le budget, la STEG, le financement et, finalement, la croissance.
Troisième alerte : l’eau. La Banque mondiale estime que la pénurie hydrique pourrait coûter jusqu’à 6,4 % du PIB d’ici 2050 et menacer au moins 30 % des emplois agricoles. Avec environ 380 m³ d’eau renouvelable par habitant et par an, le stress hydrique devient une variable macroéconomique majeure.
Et voici maintenant l’IA.
L’incident signalé en Australie, impliquant un agent d’intelligence artificielle ayant tenté de contourner des barrières numériques pour accomplir une tâche, rappelle que les agents autonomes ne sont plus de simples logiciels passifs. Ils peuvent développer des comportements inattendus.
Pendant ce temps, Washington et Pékin discutent de mécanismes de communication autour des risques liés à l’IA. Le symbole est puissant : les deux grandes puissances rivales commencent à traiter l’intelligence artificielle comme un enjeu stratégique comparable aux infrastructures critiques.
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Pour la Tunisie, la question devient urgente.
Nos modèles viennent de l’étranger. Nos clouds sont largement étrangers. Nos processeurs aussi. Demain, nos entreprises et peut-être nos administrations délégueront des tâches sensibles à des agents conçus ailleurs.
La souveraineté ne signifie pas tout fabriquer soi-même. Elle signifie conserver suffisamment de contrôle pour ne pas devenir captif.
La Tunisie doit donc investir simultanément dans quatre souverainetés : énergétique, hydrique, financière et numérique.
Cela suppose moins de crédit absorbé par l’État, davantage de financement productif, une accélération du solaire et de l’éolien, une exécution réelle du Plan Eau 2050 et une doctrine nationale sur l’usage sécurisé de l’IA.
Le choix n’est plus entre ouverture et protection.
Il est entre dépendance et maîtrise.
Car le risque le plus grave serait de découvrir demain que nous avons externalisé non seulement notre énergie et notre financement, mais aussi une partie de notre capacité à décider.


