
L’eau n’est plus seulement un enjeu agricole ou environnemental pour la Tunisie. Elle devient une variable macroéconomique susceptible de peser sur la croissance, l’emploi et plusieurs secteurs productifs.
Dans son dernier Tunisia Economic Monitor, intitulé Tunisia’s Water Challenge: From Scarcity to Resilience, la Banque mondiale estime que la pénurie d’eau pourrait réduire le PIB tunisien de 6,4 % d’ici 2050 si les pressions hydriques et climatiques ne sont pas suffisamment maîtrisées. L’institution estime également qu’au moins 30 % des emplois agricoles pourraient disparaître à cet horizon.
Il s’agit d’estimations de long terme et non d’une contraction déjà constatée ou d’une baisse annuelle de 6,4 %. Mais leur ampleur change la lecture économique du dossier de l’eau.
Une économie déjà installée dans une croissance modérée
Le signal intervient dans une conjoncture où les marges de croissance restent limitées. La Banque mondiale projette une progression du PIB tunisien de 2,3 % en 2026, puis de 2,1 % en moyenne sur 2027-2028.
Dans ce contexte, la raréfaction d’une ressource indispensable à l’agriculture, à l’industrie, au tourisme et à l’agroalimentaire peut devenir un frein transversal à l’activité.
La contrainte physique est déjà forte. Selon la Banque mondiale, la Tunisie dispose actuellement d’environ 380 m³ d’eau douce renouvelable par habitant et par an, un niveau situé sous le seuil international de pénurie absolue cité par l’institution. Le changement climatique et l’augmentation de la demande devraient accentuer cette pression.
L’agriculture en première ligne, mais pas seule
L’agriculture apparaît comme le secteur le plus directement exposé. Elle représente, selon le rapport, 14 % de l’emploi national et jusqu’à la moitié des emplois dans les zones rurales. Sans action, les tensions sur l’eau et le climat pourraient supprimer au moins 30 % des emplois agricoles d’ici le milieu du siècle et réduire sensiblement la production.
Le risque dépasse cependant les exploitations agricoles. La Banque mondiale cite également les conséquences potentielles pour le tourisme, l’agro-industrie, l’industrie et d’autres activités dépendantes d’un accès régulier à l’eau.
C’est cette transmission entre ressource naturelle, production et emploi qui transforme progressivement le stress hydrique en risque macroéconomique.
Quel pourrait être l’impact de la pénurie d’eau sur l’économie tunisienne d’ici 2050 ?
Selon la Banque mondiale, la pénurie d’eau pourrait réduire le PIB tunisien de 6,4 % d’ici 2050. Les tensions hydriques et climatiques pourraient également supprimer au moins 30 % des emplois agricoles, avec des répercussions possibles sur l’agro-industrie, le tourisme et d’autres secteurs dépendants de l’eau.
Un besoin d’investissement de 900 millions de dollars par an
La réponse envisagée est elle aussi d’une dimension macroéconomique. Le Plan Eau 2050 prévoit, selon la Banque mondiale, environ 900 millions de dollars d’investissements par an jusqu’au milieu du siècle.
Mais l’institution souligne que l’infrastructure ne suffira pas. Elle met en avant la modernisation du Code des eaux, un cadre pour la réutilisation des eaux usées traitées, la réduction des pertes dans les réseaux, la digitalisation, l’amélioration de la gestion de l’irrigation et une meilleure soutenabilité financière du secteur, avec une protection des ménages vulnérables.
L’enjeu se déplace donc vers l’exécution : mobiliser les investissements, mais aussi améliorer la gouvernance et les performances des opérateurs.
Pour la Tunisie, le coût de l’inaction est désormais chiffré. La question économique centrale sera de savoir quelle part de ce risque de 6,4 % du PIB à l’horizon 2050 pourra être évitée par les investissements et les réformes annoncés.
Chiffres clés
- 6,4 % — perte potentielle de PIB liée à la pénurie d’eau d’ici 2050.
- 30 % au moins — part des emplois agricoles potentiellement menacés.
- 380 m³ — eau douce renouvelable disponible par habitant et par an.
- 900 millions de dollars/an — investissements envisagés dans le Plan Eau 2050.
- 2,3 % — croissance projetée en 2026.
- 2,1 % — croissance annuelle moyenne projetée en 2027-2028.


