​À fin juin 2026, les dépenses budgétaires tunisiennes atteignent 24 917 MD, soit 39,2 % des prévisions annuelles. L’exécution est cependant très déséquilibrée : les rémunérations sont à 48,2 %, tandis que les dépenses de développement ne sont qu’à 21,2 %. Le soutien aux carburants, à 2 427 MD, dépasse même l’investissement exécuté. Pour 2027, le ministère privilégie la soutenabilité financière, la mobilisation des ressources propres, la justice sociale, les sécurités alimentaire, hydrique et énergétique, ainsi que l’accélération de l’investissement et la modernisation de l’État.

Les 5 points à retenir de l’exécution du budget au 1er semestre 2026

Point à soulever Ce que dit le rapport Lecture WMC
1. Une exécution globale encore à 39,2 %, mais des dépenses en hausse Les dépenses budgétaires payées atteignent 24 917 millions de dinars, soit 39,2 % des prévisions annuelles et +8,9 % par rapport à fin juin 2025. Le chiffre global masque une exécution très inégale selon la nature des dépenses.
2. La masse salariale est déjà proche de la moitié de son enveloppe annuelle Les dépenses de rémunération atteignent 12 184 MD, en hausse de 4,9 %, avec un taux d’exécution de 48,2 %. Le ministère relie notamment cette progression à la première tranche des augmentations salariales 2026-2028. Les rémunérations absorbent une part importante et relativement rigide de la dépense. À mi-année, leur rythme d’exécution contraste fortement avec celui de l’investissement.
3. Le soutien aux carburants dépasse l’investissement public exécuté Les dépenses de soutien atteignent 3 486 MD, soit +12 % et un taux d’exécution de 35,7 %. Le soutien aux carburants représente 2 427 MD, contre environ 1 664,7 MD de dépenses d’investissement : un écart d’environ 762 MD. C’est probablement le signal budgétaire le plus parlant : le choc énergétique consomme davantage de ressources que l’investissement exécuté sur la période.
4. Le principal point faible est l’investissement et le développement Les dépenses à caractère de développement totalisent 2 533 MD, dont 867 MD d’interventions de développement et 1 664,7 MD d’investissement. Leur taux d’exécution n’est que de 21,2 %. Le ministère évoque les délais techniques, administratifs, de marchés publics et d’autorisations. À mi-parcours de l’année, moins d’un quart de l’enveloppe de développement est effectivement exécuté. C’est le décalage majeur à surveiller au second semestre.
5. Le service de la dette et les recettes sont, eux, beaucoup plus avancés Le rapport indique 10 469 MD de service de la dette payés à fin juin, dont 6 737 MD de principal et 3 733 MD d’intérêts, soit environ 45,4 % des prévisions annuelles. Les recettes budgétaires encaissées atteignent parallèlement 24 195 MD, soit environ 46,6 % des prévisions. Le contraste est net : mobilisation des recettes et service de la dette sont proches du rythme théorique de mi-année, contrairement aux dépenses de développement.

Le point de tension central

La lecture du premier semestre fait apparaître moins un problème de dépense globale qu’un problème de composition de la dépense. Les rémunérations, le soutien énergétique et le service de la dette progressent à un rythme nettement supérieur à celui de l’investissement. Le fait que 2 427 MD de soutien aux carburants dépassent de 762 MD les dépenses d’investissement exécutées résume cette tension.

Le rapport souligne lui-même le retard des dépenses de développement et explique qu’une partie importante des crédits est traditionnellement exécutée au second semestre. Il indique également que des actions sont engagées pour accélérer les projets bloqués. Ce point reste donc à surveiller : 21,2 % est un constat à fin juin, et non une prévision du taux d’exécution annuel.

Les 5 grandes orientations qui se dégagent pour le budget 2027

Le rapport ne présente pas une liste officielle limitée à cinq points. Pour répondre à la demande, les priorités ont été regroupées en cinq blocs cohérents, sans transformer les objectifs annoncés en résultats acquis.

Orientation Contenu essentiel
1. Consolider les équilibres et renforcer le recours aux ressources nationales Le budget 2027 vise à concilier croissance et soutenabilité des finances publiques, avec maîtrise du déficit, augmentation de la part des ressources propres et réduction progressive de la dépendance au financement extérieur. Le rapport place le « recours à soi-même » et l’autonomie financière au centre de la stratégie.
2. Accroître les ressources par une fiscalité plus efficace et plus équitable L’orientation prévoit l’élargissement de l’assiette, l’amélioration du recouvrement et du contrôle, la numérisation des systèmes fiscaux et financiers, le renforcement des recettes non fiscales et l’intégration progressive de l’économie informelle dans le circuit organisé.
3. Maintenir le rôle social de l’État Justice sociale, protection des catégories vulnérables et à faibles revenus, amélioration du pouvoir d’achat et des services publics, réforme de la santé et de la sécurité sociale et renforcement de la couverture sanitaire font partie des priorités affichées.
4. Faire de la souveraineté alimentaire, hydrique et énergétique un axe budgétaire Le gouvernement inscrit la sécurité alimentaire, l’eau et l’énergie parmi les priorités stratégiques : soutien à la production agricole, stockage et approvisionnement, meilleure gestion de l’eau, développement des renouvelables et efficacité énergétique.
5. Accélérer l’investissement et moderniser l’appareil public Le projet met l’accent sur l’investissement public et privé, l’emploi — notamment des diplômés —, le développement régional, l’amélioration de l’exécution des projets, mais également la restructuration des entreprises publiques et la transformation numérique de l’administration.

Ce qu’il faut retenir de l’articulation 2026-2027

Le rapprochement entre les deux parties du rapport fait ressortir une contradiction opérationnelle centrale. En 2026, le ministère reconnaît un faible taux d’exécution des dépenses de développement, 21,2 % à fin juin. En 2027, il fait précisément de l’accélération des investissements, de la gouvernance des projets et de leur impact territorial l’une de ses orientations prioritaires.

Autrement dit, l’enjeu du budget 2027 ne sera pas seulement de prévoir davantage ou différemment, mais de convertir plus rapidement les crédits programmés en investissements effectivement exécutés. Cette dernière formulation constitue une analyse WMC, et non une déclaration du ministère.

Il faut également distinguer ces orientations des hypothèses retenues pour préparer le budget. Le rapport évoque notamment l’amélioration attendue de la croissance, la maîtrise de l’inflation et du change ainsi que l’évolution du pétrole. Des reprises du document évoquent une croissance mondiale de 3,4 % en 2027, une croissance de la zone euro de 1,2 %, une inflation mondiale de 3,9 % et un Brent envisagé entre 75 et 80 dollars. Ce sont des hypothèses/prévisions, pas des engagements de politique budgétaire.

Chiffres clés

  • 24 917 MD de dépenses payées ;
  • 39,2 % de taux global d’exécution ;
  • 12 184 MD de rémunérations ;
  • 3 486 MD de soutien, dont 2 427 MD pour les carburants ;
  • 1 664,7 MD d’investissement ;
  • 21,2 % d’exécution des dépenses de développement ;
  • 10 469 MD de service de la dette ;
  • 24 195 MD de recettes budgétaires encaissées.

Budget 2027