Parmi les partenariats de qualité que la Tunisie a établi avec des pays frères et amis, figure en bonne place ceux qui répondent plus aux besoins urgents des tunisiens. Le partenariat spécifique établi,  depuis deux ans, avec l’Italie dans le cadre du « Plan Mattei », mécanisme géopolitique mis en place, depuis 2025,  par Rome pour booster sa coopération multiforme avec les pays africains, en est une illustration positive.

Ainsi, une année après son lancement, le Plan Mattei commence à prendre, en Tunisie, une forme très concrète. En témoignent deux projets de qualité lancés dans le domaine de la lutte contre la forte pollution générée par les rejets des eaux industrielles usées.

Le Plan Mattei prend une forme concrète en Tunisie

Le plus récent a été annoncé, ces derniers jours. Il s’agit de réaliser, sur une période cinq ans, dans la région  industrielle de Monastir, une station dédiée au traitement des eaux usées industrielles et, à terme à leur possible réutilisation dans les processus  de production.

L’enjeu de ce projet pour la région de Monastir est de taille. La florissante industrie textile off shore que cette région abrite en fait, certes, un des  plus grands pôles manufacturiers exportateurs du pays mais également une région fortement polluée par l’effet de la grande consommation d’eau génératrice  d’effluents nécessitant des traitements spécifiques.

Le projet illustre l’évolution de la stratégie italienne en Afrique, désormais davantage orientée vers des infrastructures capables de répondre simultanément aux besoins industriels et aux contraintes environnementales Il se propose de compléter un dispositif plus vaste prévoyant de séparer les eaux usées domestiques et industrielles, d’améliorer leur traitement et d’étudier les possibilités de récupération des volumes épurés

Au plan institutionnel, le projet associe la Tunisie (Office national de l’assainissement), l’Italie et la Banque africaine de développement (BAD).

« Les eaux usées industrielles ne doivent plus être considérées comme un simple déchet à rejeter, mais comme une ressource à réinjecter au cœur des chaînes de production. »

Possibilité de réutiliser les eaux usées traitées dans l’irrigation des terres domaniales

Quant au financement du projet dont le montant n’a pas été révélé, il sera assuré par la Rome plan Mattei financing Facility (RPFF),  mécanisme créé en 2025 et administré par le Groupe de la BAD. Ce financement associe subventions, financements concessionnels et autres instruments de la banque autour de projets africains jugés prioritaires par la coopération italienne.

Le deuxième projet lancé dans le cadre du Plan Mattei remonte au mois de novembre 2025. A cette époque, Tunis et Rome ont lancé le projet « TANIT », un programme destiné à valoriser les eaux usées traitées pour renforcer la résilience agricole et la sécurité alimentaire du pays.

Ce programme est mis en œuvre avec la participation de l’Agence italienne pour la coopération au développement, de la Caisse italienne des dépôts et consignations, et du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) de Bari.

Les interventions prévues porteront sur trois axes stratégiques, notamment le traitement et la réutilisation des eaux usées, l’amélioration de la performance agricole dans plusieurs zones pilotes, et le renforcement des capacités en matière de formation, de recherche et d’innovation.

« Le projet TANIT prévoit de convertir les eaux épurées de cinq stations majeures pour irriguer 11 500 hectares de terres domaniales, sécurisant ainsi la production agricole. »

Le projet TANIT prévoit concrètement de transformer les eaux usées traitées de la région de Tunis en eau d’irrigation pour des exploitations agricoles de l’Office des Terres domaniales, notamment à Bouraghba, Borj El Amri, El Kheir, Smenja, Enfidha et Echchâal, couvrant une superficie totale estimée à 11 500 hectares répartis à travers les gouvernorats de Tunis, Zaghouan, Sousse et Sfax. Plusieurs stations d’épuration sont identifiées à cet effet pour assurer l’approvisionnement en eau usée, notamment celles d’El Attar, Melliane, Sfax, Enfidha et Agareb.

Par delà la présentation de ces deux projets de qualité, nous pensons, que la Tunisie, confrontée à une pression croissante de ses ressources hydriques, a intérêt à valoriser ses eaux usées industrielles. Tout simplement, ces eaux ne doivent plus être considérées comme un simple déchet à rejeter. L’enjeu,  bien au contraire, serait de les traiter aux fins de les récupérer et de les retourner, en partie, vers les chaînes de production.

L’Objectif est double. Il s’agit de réduire les prélèvements de cette eau sur les ressources naturelles et d’atténuer les rejets dans l’environnement.

L’opportunité qu’offre ce partenariat avec l’Italie est à saisir et à bénéficier en conséquence d’un précieux transfert technologique. Est il besoin de rappeler dans ce contexte, que l’Italie dispose d’un important tissu industriel exportateur en matière d’ingénierie hydraulique, de technologies environnementales, de traitement et de recyclage de l’eau.

EN BREF

  • Plan Mattei opérationnel : Le mécanisme géopolitique italien concrétise son engagement en Tunisie via des projets d’infrastructures environnementales ciblés.
  • Dépollution à Monastir : Création sur 5 ans d’une station de traitement des eaux usées industrielles pour le pôle textile, financée par la RPFF gérée par la BAD.
  • Projet TANIT : Valorisation des eaux usées traitées de 5 STEP pour irriguer 11 500 hectares de terres domaniales à travers 4 gouvernorats.
  • Économie circulaire : Changement de paradigme consistant à réinjecter les effluents industriels dans les processus de production pour réduire le prélèvement sur la nappe.
  • Transfert technologique : Un partenariat permettant à la Tunisie d’accéder au savoir-faire de pointe de l’ingénierie hydraulique italienne.