L’appropriation, par les différents acteurs tunisiens publics et privés, de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) qui constitue le plan climat en Tunisie, est l’un des principaux défis de la lutte contre les changements climatiques en Tunisie, selon plusieurs experts en climat réunis à l’occasion du séminaire CDN 3.O, organisé récemment, à Tunis par le Forum National de l’Adaptation aux Changements Climatiques (FNACC).
Cette lutte dont la CDN constitue la stratégie officielle, a plus que jamais besoin de l’adhésion de tous les Tunisiens compte tenu de l’importance de l’enjeu pour le pays.
En effet, en dépit d’une très faible contribution aux émissions de gaz à effet de serre dans le monde à 0,07%, la Tunisie est touchée de plein fouet par des changements climatiques avec la hausse des températures, sècheresse, baisse des récoltes, coupures fréquentes de l’alimentation en eau et phénomènes naturels extrêmes notamment les inondations et érosions des côtes.
La CDN 3.0, publiée fin avril, par le ministère de l’environnement propose un plan ambitieux de lutte et d’adaptation. Elle prévoit notamment une réduction par la Tunisie de l’intensité carbone de son économie de 46,4%, en 2030 et de 62% en 2035. un plan massif prévoyant la mobilisation de 55 milliards de dollars sur la période 2026-2035. Or, un objectif aussi ambitieux, nécessite une mobilisation à tous les niveaux autour de ce plan.
A cet égard, Mohamed Zmerli, facilitateur national de NDC partnership affirme que la politique climat ne peut reposer uniquement sur les interventions publiques sectorielles. Elle nécessite aussi une mobilisation élargie et coordonnée de l’ensemble des acteurs, notamment non étatiques, afin de traduire les orientations stratégiques en actions concrètes à l’échelle des territoires.
Pour ce responsable, 80% des solutions aux problèmes du changement climatique se trouve entre les mains du citoyen, notant l’importance d’avoir un code de conduite à l’échelle individuelle et au niveau des ménages dans ce domaine. Il évoque par ailleurs la difficulté de convaincre certains acteurs publics clés tels que le ministère des finances, de la pertinence de certaines prévisions et les obstacles dus à l’absence d’interlocuteurs dans le secteur industriel privé.
Seif Darouiche, responsable à l’Agence de coopération allemande GIZ a, de son côté, noté l’importance de la coordination de l’action climatique entre les acteurs locaux (communes) et de la nécessité d’une implication plus forte du secteur privé.
Pour sa part, Saba Guellouz, directrice de la conservation à WWF Afrique du Nord a souligné l’importance d’une approche intégrée en matière de lutte contre les changements climatiques et de la mobilisation d’acteurs non étatiques, mettant l’accent sur la nécessité d’avoir une interaction plus grande avec le citoyen.
A cet égard, Nesrine Chehata, présidente du FNACC a rappelé le rôle joué par le Forum dans ce domaine, faisant observer qu’en tant que plateforme multi-acteurs, réunissant la société civile, les collectivités locales, le secteur privé et les médias, le forum, initié au début par le ministère de l’environnement, s’inscrit dans cette dynamique de mobilisation autour de la CDN.
Le FNACC, qui compte environ 120 membres, a pour objectif notamment, d’accompagner la mise en œuvre territoriale de la CDN 3.0 et de renforcer la mobilisation, le partage d’expériences et le plaidoyer en faveur de l’adaptation aux changements climatiques.
Pour Chehata, une gouvernance multi-acteurs de la lutte contre les changements climatique constitue la nouvelle orientation. Elle a, dans ce sens, mis en avant l’importance d’une meilleure coordination dans ce domaine.
A noter, la CDN 3.0 a identifié des cibles chiffrées d’adaptation au niveau des sept domaines thématiques, lesquels sont les ressources en eau et l’assainissement, l’agriculture, la pêche et la sécurité alimentaire, la santé et les services de santé, les écosystèmes et la biodiversité, les infrastructures et les établissements humains, le patrimoine culturel et les savoirs traditionnels et les moyens de subsistance.
Parallèlement, des domaines complémentaires et transversaux ont été ajoutés. Ils concernent notamment les aspects de renforcement des capacités, de transfert technologique et d’accompagnement des groupes spécifiques.


