Au creux de la délégation de Bourouis, là où le relief de Siliana dessine des horizons de terre et de roche, l’arboretum « Henchir El Naâm » s’érige en gardien d’une mémoire végétale centenaire.
Plus qu’un simple périmètre boisé, ce site de 45 hectares a accueilli, ce week-end, une journée de sensibilisation et une action de propreté citoyenne, célébrant ainsi la Journée internationale de la diversité biologique.
L’histoire de ce sanctuaire s’enracine dans la profondeur du siècle dernier. Si les premières expériences de plantation remontent à 1913, le site a véritablement pris son essor au lendemain de l’Indépendance.
Sabri Walani, président de la direction régionale des forêts de Siliana, explique à l’agence TAP que ces stations expérimentales servent de banc d’essai pour l’acclimatation d’essences étrangères.
Eucalyptus, caroubiers, pins d’Alep et des Canaries y cohabitent désormais, offrant un catalogue vivant destiné à enrichir les campagnes nationales de reboisement et à stabiliser des sols fragiles.
Cette dimension historique se double aujourd’hui d’une vocation de laboratoire pour les temps futurs, où la science s’allie à la patience sous la frondaison des grands arbres.
L’Institut national de recherches en génie rural, eaux et forêts (INRGREF) mobilise actuellement ses chercheurs pour restaurer la mission première du site.
À cet égard, le chercheur en systèmes naturels Hamdi El Aouinti souligne que les chênes, genévriers et platanes plantés dès les années 1960 ne sont pas de simples témoins du passé ; ils constituent des ressources génétiques vitales pour régénérer les écosystèmes tunisiens face aux assauts du changement climatique.
Avec un réseau de 28 sites de ce type répartis sur l’ensemble du territoire national, la Tunisie tisse maille à maille une trame d’arboretums capables de répondre aux spécificités de chaque bioclimat.
Néanmoins, le potentiel de ce patrimoine dépasse le strict cadre de la recherche pour s’ouvrir sur des perspectives économiques et sociales. Pour Walid Rihani, représentant de la Direction régionale de l’Environnement, la région possède les attributs d’un futur pôle d’écotourisme.
En articulant ses deux arboretums, ses neuf pépinières et ses deux réserves naturelles, le gouvernorat mise sur une synergie féconde entre écologie et économie locale, dont le futur parc méditerranéen d’El Aroussa constituera un de ses piliers.
Cette ambition reste toutefois tributaire de la transmission du respect de la terre aux jeunes générations, un enjeu au cœur de l’initiative.
Raison pour laquelle, les autorités forestières mettent l’accent sur l’impératif que la survie de ces massifs repose sur l’implication des riverains et que protéger cette richesse contre les incendies et l’exploitation anarchique n’est plus seulement un impératif administratif, mais un devoir de sauvegarde pour que ces espaces continuent de purifier l’air et de protéger notre terre.
En alliant rigueur scientifique et solennité de l’histoire, Henchir El Naâm démontre que la protection de la nature demeure le moteur indispensable d’un développement durable pour la Tunisie de demain.


