COMAR D'OR 2026La cérémonie de remise des prix du Comar d’Or 2026, organisée samedi 23 mai 2026 à l’occasion de sa 30e édition, ne s’est pas limitée à une simple distribution de trophées. Elle s’est transformée en espace d’échange où les écrivains récompensés ont révélé les univers intimes et les questionnements profonds ayant nourri leurs œuvres.

Dans leurs déclarations, après l’annonce du palmarès, les auteurs ont évoqué des thèmes allant de la souffrance humaine et médicale jusqu’au conflit éternel entre la vie et la mort.

Hichem Ben Azzouz : « Sangoma » ou la quête spirituelle d’un homme brisé

Le médecin et romancier tunisien Hichem Ben Azzouz, lauréat du Comar d’Or du roman francophone pour son œuvre Sangoma le guérisseur, a exprimé sa grande émotion face à une distinction qu’il dit ne pas avoir anticipée.

Installé en Afrique du Sud depuis près de vingt ans, l’auteur explique que sa passion pour le cinéma l’a récemment conduit vers l’écriture romanesque.

Évoquant le contenu de son livre, il précise :

« Le roman se déroule en 2002 autour du personnage de Slim, un jeune médecin tunisien compétent qui sombre progressivement dans le burnout et la dépression sous la pression du travail et la perte d’équilibre psychologique. Il décide alors de fuir en voiture avec sa compagne dans une traversée épique du continent africain, à la recherche d’une médecine plus humaine. »

Selon l’auteur, le trajet entrepris dans le roman constitue une métaphore du plus long axe routier du continent africain : de Cap Angela, au nord de la Tunisie, jusqu’à Cap des Aiguilles.

Il ajoute :

« Au fond, le roman pose une question profondément humaine : lorsqu’un individu s’effondre sur le plan personnel, professionnel ou spirituel, comment peut-il retrouver un nouveau souffle ? C’est une quête identitaire et spirituelle durant laquelle le héros découvre une autre forme de médecine traditionnelle et spirituelle pratiquée par les guérisseurs sangoma. »

Hichem Ben Azzouz a également salué le travail du jury ainsi que l’initiative des Comar Assurances, qu’il considère comme un acteur majeur du soutien à la création littéraire depuis trois décennies.

Fahmi Beltaï : « Mauvais sang » explore le duel entre désir et mort

De son côté, l’écrivain Fahmi Beltaï, récompensé par le Prix spécial du jury en langue arabe pour son roman Dam Sayyi’ (« Mauvais sang »), a détaillé les fondements philosophiques de son œuvre.

L’auteur explique que son roman repose essentiellement sur la dualité entre l’amour et la mort :

« Le livre met en scène le conflit existentiel éternel entre Éros et Thanatos, entre le désir de vivre et l’instinct de mort. Ce combat traverse l’ensemble du récit : parfois la mort triomphe, parfois le désir l’emporte, et il arrive même que les sentiments se confondent jusqu’à faire naître un désir de mourir. L’amour et la mort deviennent alors les deux faces d’une même réalité. »

Fahmi Beltaï souligne que Mauvais sang constitue sa première expérience dans l’écriture romanesque et narrative, malgré une longue carrière dans la poésie et le théâtre. Il est notamment connu pour sa pièce Les Fantômes de Salma, présentée il y a quatre ans et largement saluée par la critique, ainsi que pour plusieurs centaines de textes critiques, intellectuels et politiques encore inédits.

Les témoignages des lauréats de cette 30e édition confirment que le Comar d’Or ne récompense pas uniquement la qualité littéraire des œuvres, mais aussi la profondeur humaine et philosophique qui nourrit le renouveau du roman tunisien contemporain et son ouverture aux grandes interrogations psychologiques et intellectuelles de notre époque.