COMAR D'OR 2026La 30e édition du prix Comar d’Or enregistre un record de près de 100 romans en compétition, illustrant la vitalité et la diversification sociologique des auteurs en Tunisie. Toutefois, malgré une qualité textuelle en nette progression, le rayonnement international du roman tunisien reste freiné par des carences structurelles en marketing, en traduction et en investissements éditoriaux.

Une explosion quantitative portée par la démocratisation des profils

Cette édition anniversaire marque un tournant historique avec près de 100 romans en compétition, répartis entre 33 œuvres en langue française et plus de 60 en arabe. Pour mesurer le chemin parcouru, il faut rappeler qu’en 1997, lors du lancement du concours, le comité ne recensait qu’une vingtaine de participations.

Cette inflation statistique s’explique notamment par un phénomène sociologique majeur : la sociographie des auteurs s’est profondément diversifiée. Comme le souligne Ridha Kefi, membre du jury, le roman tunisien s’est affranchi des cercles traditionnels d’universitaires et de journalistes.

Aujourd’hui, des ingénieurs, médecins, avocats ou diplomates s’emparent de la fiction. Cette démocratisation insuffle au genre romanesque une pluralité d’expériences humaines et sociales, connectées directes aux réalités du vécu contemporain.

COMAR D'OR 2026Le défi de l’internationalisation face aux défaillances de l’écosystème

Si la qualité esthétique et la densité des récits placent les jurys face à des arbitrages de plus en plus complexes, la reconnaissance hors des frontières tunisiennes reste le principal point d’achoppement.

Le professeur Mohamed Kadi, président du jury du roman arabe, pose un diagnostic sans concession : la présence du roman national sur la scène arabe demeure « modeste », et la notion même « d’internationalisation » souffre d’un flou conceptuel.

Le nœud du problème ne réside pas dans la valeur intrinsèque des textes, mais dans ce que les experts nomment les « conditions périphériques » de l’œuvre littéraire.

La chaîne de valeur post-création est structurellement défaillante : insuffisance chronique des mécanismes de marketing culturel, pénurie de traducteurs professionnels chevronnés et frilosité des éditeurs à engager des investissements financiers d’envergure pour porter les œuvres à l’échelle mondiale.

Sans une refonte de cette logistique éditoriale, le roman tunisien, malgré d’évidentes qualités de calibre international, restera confiné à son marché domestique.

EN BREF

  • Record historique : Près de 100 romans sont en compétition pour cette 30e édition du Comar d’Or, contre seulement 20 en 1997.
  • Bilinguisme dynamique : La sélection officielle compte cette année 33 romans écrits en français et plus de 60 en langue arabe.
  • Mutation sociologique : Le profil des auteurs se diversifie avec l’émergence d’écrivains issus des milieux de la médecine, de l’ingénierie et de la diplomatie.
  • Blocage structurel : Le rayonnement international est freiné par l’absence de marketing, le manque de traducteurs qualifiés et la frilosité financière des éditeurs.
  • Potentiel intrinsèque : Les jurys s’accordent sur une progression qualitative constante des textes, confirmant que le problème est logistique et non littéraire.