Parmi les paradoxes économiques que le tunisien moyen peine à comprendre figure celui de ne pas relever une quelconque répercussion sur son pouvoir d’achat de la baisse de l’indice général de l’inflation (5%, en mars 2026, contre 7% en mars 2025). Pour lui les prix au marché sont toujours élevés et même très élevés. A titre indicatif, le prix du kilogramme de tomate est vendu à plus de 5 dinars, un record jamais atteint depuis l’indépendance du pays.
Interpellé sur cette problématique, des experts ont fourni moult explications dont trois méritent qu’on s’y attarde.
La première serait la lenteur du rythme de baisse de l’inflation. D’après eux « le ralentissement du rythme ascendant des prix ne signifie pas leur baisse, mais traduit plutôt un rythme de hausse plus lent, ce qui limite l’impact de l’amélioration enregistrée au niveau des indicateurs globaux sur le vécu quotidien des citoyens ».
La deuxième serait une fausse perception du consommateur. Pour ce dernier « tout ralentissement du taux d’inflation reste peu perceptible tant que les prix demeurent élevés». Ce même consommateur semble ignorer, ici, que les circuits de distribution demeurent l’un des principaux facteurs contribuant à la hausse des prix en raison de la multiplicité des intermédiaires entre producteur et consommateur, ainsi que des pratiques de monopole et de spéculation qui les accompagnent ».
La troisième explication serait une tendance du consommateur à limiter, exclusivement, la détérioration de son pouvoir d’achat, à la hausse des prix alors qu’elle est générée également par d’autres facteurs.
Au nombre de ceux-ci, les experts évoquent l’absence d’une hausse parallèle des salaires, la forte pression fiscale exercée sur les différentes catégories de consommateurs, particulièrement la classe moyenne et les salariés, dont le taux de prélèvement sur les revenus annuels bruts atteint dans certains cas les 40%, ce qui limite leur capacité de consommation et d’épargne.
Autre facteur et non des moindres, la prédominance des paiements en espèces (cash) qui aggrave la difficulté de suivre les opérations commerciales et d’imposer un contrôle, en l’absence de transparence suffisante.
ABS


