
Le deuxième fait, moins favorable, est le maintien d’une vulnérabilité extérieure élevée. Au premier trimestre 2026, les exportations tunisiennes ont atteint 16 266,8 MD et les importations 21 499,5 MD, soit un déficit commercial de -5 232,7 MD. Le taux de couverture ne remonte que modestement à 75,7%. La structure du déficit reste surtout préoccupante: le déficit énergétique ressort à -2 990,4 MD, contre -2 242,3 MD pour le déficit hors énergie. En d’autres termes, l’énergie représente toujours le cœur du déséquilibre externe. Pour une économie exposée à la facture pétrolière et à la logistique méditerranéenne, le canal pétrole/transport reste le risque macro principal.
Le troisième point est la dépendance européenne. L’INS indique que 71,5% des exportations tunisiennes du T1 2026 vont vers l’Union européenne. C’est une bonne nouvelle tant que la demande européenne tient; c’est une fragilité dès que la zone euro ralentit. Or la BCE elle-même projette une croissance 2026 à seulement 0,9%, et Reuters rapporte que l’IMF situe aussi la croissance de la zone euro à 1,1%. Pour la Tunisie, cela veut dire que toute faiblesse conjoncturelle européenne se transmet mécaniquement à l’industrie exportatrice.
La composition des exportations tunisiennes donne toutefois un signal plus nuancé. Les industries mécaniques et électriques progressent de 10,6%, les industries agroalimentaires de 16,1%, avec des ventes d’huile d’olive à 1 991,6 MD contre 1 442,3 MD un an plus tôt. À l’inverse, les mines, phosphates et dérivés reculent de 20,3%, et le textile-habillement-cuir de 5%. Le pays montre donc une capacité de résistance sur certaines poches compétitives, mais pas une montée en régime homogène. Le message stratégique est clair: la Tunisie tient mieux quand elle exporte de la valeur industrielle intégrée et de l’agroalimentaire à forte demande, moins bien quand elle retombe sur des segments historiques sous-performants.
Sur l’activité intérieure, le tableau reste fragile. L’INS affiche une croissance de 2,7% au T4 2025 et un chômage de 15,2% sur la même période. L’IMF projette pour 2026 une croissance tunisienne de 2,1% et une inflation moyenne de 6,5%. Enfin, le TMM de mars 2026 reste à 6,99%, ce qui signale des conditions monétaires encore restrictives pour l’investissement privé. Notre lecture est la suivante: la Tunisie n’est pas en crise inflationniste, mais elle n’est pas encore en régime de relance. Elle entre dans une phase de stabilisation incomplète, où l’amélioration des prix coexiste avec une croissance trop faible pour absorber le chômage et trop dépendante de facteurs externes.
CHIFFRES CLÉS
- Taux d’inflation mars 2026 : 5,0% (INS).
- Déficit commercial T1 2026 : -5 232,7 MD.
- Déficit énergétique : -2 990,4 MD.
- Part de l’UE dans les exportations : 71,5%.
- Croissance projetée Tunisie 2026 (FMI) : 2,1%.


