Tunisie : Besoin urgent de professionnaliser le recrutement des membres des conseils d’administration


administrateur-18102010-art.jpgCe n’est pas un appel au secours, mais presque, que Slaheddine Laadjimi a lancé
en ouverture du séminaire sur le rôle et la responsabilité de l’administrateur
organisé vendredi 15 octobre 2010 par l’Institut Tunisien des Administrateurs (ITA).
En effet, un an et demi après la création de cet organisme –en mai 2009- son
président –et par ailleurs directeur général de la
BIAT– tend la main à toutes
les bonnes volontés prêtes à se joindre à lui et aux autres membres de son
équipe pour les aider dans une tâche qui s’avère être titanesque : changer les
mentalités et, partant, les pratiques en matière d’organisation et de
fonctionnement des conseils d’administration.

D’ailleurs, c’est parce que ce chantier est immense que l’ITA a conclu le même
jour un accord de partenariat avec l’Institut Français des Administrateurs (IFA),
signé par Slaheddine Laadjimi et Daniel Lebègue, président de cet organisme qui
va notamment «mettre en place des formations adaptées aux besoins des membres de
l’ITA». Ce qui permettra à l’ITA, selon Moez Joudi, son vice-président, de se
renforcer pour être mieux à même de s’acquitter de sa mission et en particulier
de devenir –à l’instar de son homologue français- un vivier d’administrateurs
dans lequel les entreprises et groupes tunisiens pourraient trouver des
administrateurs bien formés susceptible de leur permettre de moderniser
l’organisation et le fonctionnement de leurs conseils d’administration.

Cet apport de savoir-faire et de bonnes pratiques en matière de gouvernance est
d’autant plus nécessaire que la Tunisie est encore très loin de la meilleure des
pratiques telles que décrites par Daniel Lebègue, en ce qui concerne la France.

Selon le président de l’IFA –créé en 2003 et qui a, à ce jour, rédigé plus 25
guides pratiques sur différents aspects de la gouvernance d’entreprise-,
l’administrateur a quatre missions principales –contribuer à définir la
stratégie, approuver les comptes de l’entreprise, nommer les dirigeants et
évaluer leurs performances et, enfin, s’assurer de la solidité du dispositif de
contrôle interne- et cela «avec loyauté, professionnalisme et indépendance
d’esprit».

Et pour que le professionnalisme soit de mise, «on ne peut plus aujourd’hui être
administrateur à temps partiel» et on doit «éviter de cumuler trop de mandats
d’administrateur».

Individuellement, chaque administrateur «doit se demander ce qu’on attend de
lui, évaluer ses compétences et les mettre à jour en permanence», et
collectivement un conseil d’administration est tenu de «se demander s’il
fonctionne convenablement». Et comme de surcroît «un dirigeant exceptionnel ne
fait pas forcément un bon administrateur», l’IFA va bientôt lancer un processus
de qualification et de certification des administrateurs.

Vice-président de l’Université Paris Dauphine et actuellement administrateur
dans quatre sociétés (Magasin Général,
Telnet,
Comar et
Institut Tunis Dauphine)
–après l’avoir été à la Banque de Tunisie
(2005-2008), Elyès Jouini recommande
quant à lui de «professionnaliser» le recrutement des administrateurs, via
l’identification des besoins avant le lancement du processus de sélection.

Selon Elyès Jouini, l’ITA pourrait contribuer à révolutionner le monde des
conseils d’administrations et, partant, les entreprises tunisiennes elles-mêmes,
en assumant divers rôles : mesure de l’évolution de la composition de ces
instances, suggestion de compositions-type, constitution d’un vivier de
compétences, etc. Et cette révolution est d’autant plus cruciale que
l’entreprise tunisienne va, rappelle le vice-président de Paris Dauphine, faire
face au cours des années à venir à plusieurs défis dont en particulier le
passage de témoin entre les générations et le développement à l’international.