BUDGET TunisieUne fois n’est pas coutume : la présidence du gouvernement a créé, le 14 avril 2026, l’évènement en adressant aux ministres et secrétaires d’Etat une note d’orientation du budget de l’Etat pour l’exercice 2027, une note, à priori, fort contraignante pour les départements ministériels et partant fort positive pour le pays.

Pour certains observateurs de la chose tunisienne, il s’agit d’une note inédite, voire révolutionnaire en ce sens où elle constitue, du moins en théorie jusque là,  un acte de rupture net avec les méthodes laxistes suivies, depuis longtemps, en matière de préparation des budgets annuels de l’Etat.

Ces mêmes observateurs estiment que la circulaire de la présidence du gouvernement se distingue par la hauteur de son ton. Elle est plus perçue comme une contrainte qu’une simple orientation. C’est à la limite une charge, voire un ordre à exécuter.

La nouvelle note d’orientation, un acte de rupture net avec le passé

Critiquée sévèrement par les médias pour son inefficacité dans la gestion des affaires du pays, au point que certains chroniqueurs réclament, purement et simplement, sa suppression, la présidence du gouvernement donne l’impression, à travers cette note, qu’elle a entendu le message et décidé de se rattraper en agissant en priorité sur la conception et l’exécution du budget de l’Etat.

Succinctement, la circulaire demande aux départements ministériels de ne lui soumettre pour examen de financement, avant le 15 juin prochain, que les projets qui ont régularisé leur situation foncière et finalisé, dans les règles de l’art, leurs études technico-économiques et financières.

Objectif recherché

En exigeant cette règle inédite des ministres et secrétaires d’Etat,  la présidence du gouvernement entend conférer à l’investissement public la rentabilité requise et donner la priorité, à cette fin, aux projets réalisables et mettre fin à la proposition de projets irréalisables à défaut d’études multidisciplinaires et de disponibilité de terrains pour les abriter.

Objectif recherché : mettre fin à l’accumulation des projets publics en stand bye depuis des décennies à cause justement d’études  évasives et de schémas de financements imprécis.

En contrepartie de l’abandon des anciennes méthodes de préparation et de conception du budget annuel de l’Etat, la nouvelle circulaire demande aux départements ministériels de se focaliser, exclusivement, pour le prochain exercice, sur quatre bonnes pratiques de gouvernance :

  • La première consiste à tout mettre en œuvre et selon les moyens réellement disponibles pour mener à terme les projets entamés et non encore achevés,
  • La deuxième porte sur l’intensification de l’activité de maintenance. La circulaire recommande aux départements ministériels de privilégier l’entretien des équipements existants et d’éviter, au maximum, la facilité onéreuse qu’offre l’acquisition de matériel neuf.
  • La troisième traite des finances. La circulaire recommande, à ce sujet, l’austérité et la sobriété. Elle demande aux ministres et secrétaires d’Etat d’encadrer au mieux les recrutements et de limiter les promotions ordinaires à 40% et les dépenses de gestion à 3%. La circulaire  fait une mention spéciale pour la consommation de carburants par l’administration. Elle a recommandé, à cette fin,  la géolocalisation du parc automobile public, ce qui signifie un meilleur contrôle des déplacements des véhicules administratifs.
  • La quatrième concerne l’effort à fournir pour s’adapter aux nouvelles exigences écologiques (réchauffement climatique). La circulaire demande aux décideurs de privilégier dans le cadre des achats publics, les équipements économes en énergie, le déploiement du solaire dans les administrations et la récupération des eaux pluviales.

Utiliser le même pouvoir de contrainte pour évaluer le budget exécuté

Abstraction faite des tenants et aboutissants de cette note d’orientation inédite, nous ne pouvons que saluer l’esprit réformiste avec laquelle elle a été concoctée. Elle constitue indéniablement une évolution remarquable du processus de préparation du budget de l’Etat et du bon usage de l’argent public.

Notre souhait est de voir la présidence du gouvernement utiliser son pouvoir de contrainte pour assurer l’efficacité requise aux autres étapes du projet du budget : l’arbitrage et l’évaluation (budget de clôture) .

Car ne l’oublions jamais : le budget conçu par l’administration et adopté par le parlement n’est qu’une simple promesse. Le plus important pour le contribuable est,  de notre point de vue,  le degré de concrétisation du budget,  c’est-à-dire le budget réellement exécuté.

Abou SARRA

EN BREF

  • Rupture radicale : La note d’orientation budgétaire 2027 impose un ton autoritaire et contraignant, rompant avec le laxisme passé.
  • Conditionnalité stricte : Seuls les projets avec foncier régularisé et études techniques finalisées seront financés.
  • Priorité à l’existant : L’accent est mis sur l’achèvement des chantiers en cours et la maintenance plutôt que sur les nouveaux équipements.
  • Cure d’austérité : Dépenses de gestion limitées à 3%, promotions plafonnées et géolocalisation du parc automobile pour contrôler le carburant.
  • Virage écologique : Obligation d’intégrer le solaire et l’efficacité énergétique dans les achats publics.