La tendance fâcheuse des membres du gouvernement à s’enfermer dans le mutisme et à refuser de communiquer en public et dans les médias sur la détérioration du pouvoir d’achat du citoyen donne l’impression que les ministres en place sont des adeptes de la célèbre légende chinoise des singes de la sagesse appelés également la légende « des trois petits singes».

Succinctement, selon cette légende rapportée, entre autres, par les écrits du philosophe chinois Confucius,  lors d’une rencontre, chacun des trois petits singes se couvre avec les mains une partie du visage : le premier les yeux, le deuxième les oreilles et le troisième la bouche.

Ils forment ainsi symboliquement une sorte de règle de conduite, voire ce qu’on a appelé depuis, la maxime des sages. Celle-ci est articulée autour de trois préceptes qui signifient : « ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal ».

Finalité recherchée : inculquer au commun des gens une ligne de conduite avec ultime objectif : celui qui suit cette maxime, il ne lui arriverait que du bien..

Dans cette logique qui stipule que pour ne pas connaître et propager le malheur, il faut «ne rien voir», «ne rien entendre» et «ne rien dire», nos honorables ministres et leurs collaborateurs qui seraient, au regard de leur rendement, de fervents partisans de cette maxime des sages, semblent dire aux tunisiens que s’ils ne voient pas leur misère, s’ils n’écoutent pas leurs préoccupations et s’ils n’osent pas en parler, c’est pour leur grand bien. Entendre par là que si jamais ils le feraient et se comporteraient autrement, ils accentueraient leur précarité et malheur.

“L’absence de communication de certains responsables publics est perçue comme un déficit de transparence, susceptible d’alimenter des tensions sociales si elle se prolonge.”

La réalité n’est pas une légende

Dans les faits, la situation en Tunisie apparaît plus complexe. L’absence de communication de certains responsables publics est perçue comme un déficit de transparence, susceptible d’alimenter des tensions sociales si elle se prolonge.

Et c’est là le problème. Car, si à l’origine la recette proposée par la maxime des sages consiste à conseiller aux gens de la suivre pour ne pas connaître et faire de mal, on ne peut pas s’interdire d’y voir au quotidien une liste de comportements néfastes.

Il s’agit particulièrement de faire semblant de ne pas voir les difficultés et les problèmes, de faire semblant de ne pas les entendre, et faire semblant de ne pas en parler. Et c’est hélas, ce qui se passe, actuellement, en Tunisie.

“Est-ce normal que le prix des légumes et des fruits soit quintuplé et sextuplé en période normale par l’effet de l’intermédiation sans que les services de l’État interviennent pour y mettre fin ?”

Entre inertie et pression sociale croissante

Malgré une marge de manœuvre institutionnelle relativement large, le gouvernement est critiqué pour son manque de réponses visibles face aux difficultés économiques, ce qui nourrit un sentiment d’inaction au sein de la population.

La question qui se pose dès lors est de savoir si on peut continuer à faire confiance à des ministres comme ceux du commerce, de l’agriculture ou des finances (douane) qui tolèrent, à titre indicatif, l’écoulement sur le matché de produits de contrebande à des prix inabordables sans aucune réaction de leur part.

Plusieurs produits affichent des niveaux de prix élevés sur le marché local. Certaines comparaisons avec des marchés européens suggèrent des écarts significatifs, bien que ces derniers doivent être interprétés avec prudence en raison des différences de structure de coûts et de conditions de marché. Est-ce normal que le prix des légumes et des fruits soit quintuplé et sextuplé en période normale par l’effet de l’intermédiation sans que les services de l’Etat interviennent pour y mettre fin ?

La hausse du coût de la vie est largement perçue comme difficilement soutenable par une partie importante de la population. À l’approche de certaines échéances, cette situation pourrait accentuer les tensions si des mesures d’atténuation ne sont pas mises en œuvre. si jamais le gouvernement ne prend pas des mesures pour offrir en nombre suffisant et à des prix acceptables le mouton de l’Aid.

Est-il besoin de rappeler à ce propos cette donne historique : le peuple « des bouffeurs tunisiens » a été tout le long de son histoire un peuple enclin à la contestation sociale. Le message est on ne peut plus clair !!!

Abou SARRA

EN BREF

  • Mutisme gouvernemental : Les ministres adoptent la posture des “trois singes” face à la crise du pouvoir d’achat.
  • Inflation galopante : Les prix des produits frais sont multipliés par 5 ou 6 à cause de l’intermédiation incontrôlée.
  • Déficit de confiance : L’inaction des ministères du Commerce et des Finances érode la légitimité institutionnelle.
  • Tensions sociales : Le manque de transparence et la précarité croissante alimentent un risque émeutier latent.
  • Échéance critique : L’approvisionnement et les prix pour l’Aïd constituent le prochain test de stabilité pour l’État.