Rania El Hefny, directrice de rédaction du journal égyptien Al-Ahram, a fait don, vendredi, au Centre des musiques arabes et méditerranéennes (CMAM) « Ennejma Ezzahra » de copies d’articles publiés en mars 1932. Ces documents retracent l’organisation du premier Congrès de la musique arabe à Le Caire en 1932.

Cette remise a eu lieu lors de l’ouverture du colloque international « Des gens autour du Baron », organisé par le CMAM les 5 et 6 juin 2026 au palais Ennejma Ezzahra, à Sidi Bou Saïd (banlieue de Tunis).

Mme El Hefny y a présenté une communication intitulée : « Les débuts du Festival de la musique arabe depuis 1932 et le rôle de Mahmoud El Hefny, premier Arabe diplômé d’un doctorat en musique et fondateur des instituts musicaux spécialisés ».

Dans une déclaration à l’agence TAP, la journaliste a souligné le rôle du quotidien Al-Ahram – fondé il y a 150 ans – dans la couverture de l’arrivée des délégations de l’époque, notamment la délégation tunisienne dirigée par Hassan Hosni Abdelwaheb. Le journal avait également publié en 1932 une notice nécrologique du Baron d’Erlanger, rédigée par Ahmed El Hefny, rappelant son soutien à la musique arabe.

Interrogée par la TAP sur la portée de ces recherches historiques, la responsable égyptienne a souligné l’intérêt de retracer l’impact de ces créateurs, qualifiant cette démarche de « retour sur 94 ans d’histoire depuis la pose de la première pierre de la documentation de la musique arabe ».

Elle a également insisté sur l’importance du travail de mémoire pour valoriser les relations historiques entre la Tunisie et l’Égypte. Selon elle, ces liens culturels sont illustrés par des figures intellectuelles et artistiques ayant vécu entre les deux pays, à l’instar de Bayram al-Tounsi ou d’Abou l-Hassan ach-Chadhili, et se poursuivent aujourd’hui avec la présence de nombreux artistes tunisiens résidant en Égypte.

Au cours de son intervention, Mme El Hefny a retracé le parcours de Mahmoud El Hefny. Ce médecin de formation, devenu le premier Arabe titulaire d’un doctorat en histoire de la musique, s’était rendu en Tunisie au palais du Baron d’Erlanger pour coordonner le congrès de 1932.

Ce congrès, qui a réuni des musiciens de Tunisie, d’Égypte, du Levant, de Turquie ainsi que des orientalistes, a traité de la modernisation et de la documentation de la musique arabe. « Les débats avaient notamment porté sur la transcription sur partition (notation musicale) et l’introduction d’instruments occidentaux, un sujet qui avait alors suscité des controverses parmi les participants », a-t-elle précisé.

L’événement, auquel ont participé 65 compositeurs et instrumentistes de renom, a initié le processus de documentation de la musique arabe. Organisé annuellement pendant plusieurs années avant d’être suspendu, le festival a été relancé 60 ans plus tard, en 1992, par la fille de Mahmoud El Hefny, Ratiba El Hefny, sous le nom de « Festival de la musique arabe » à l’Opéra du Caire, qui célèbre aujourd’hui sa 32e édition.