La France a importé de l’électricité en octobre, pour la 1ère fois en 27 ans

photo_1258478217823-1-1.jpg
électrique à haute tension (Photo : Jean-Christophe Verhaegen)

[17/11/2009 18:29:37] PARIS (AFP) Pour la première fois depuis l’hiver 1982-83, la France a été, en octobre, importatrice nette d’électricité, une situation due à l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires et à une sécheresse qui a amputé la production des barrages hydrauliques.

La France a dû importer un solde net de 458 gigawattheures (GWh) d’électricité auprès de ses voisins européens le mois dernier, a annoncé mardi le Réseau de transport d’électricité (RTE), qui gère les lignes à haute tension.

Depuis le lancement du programme nucléaire dans les années 1970 et 1980, la France est pourtant traditionnellement exportatrice nette d’électrons.

Elle dispose en effet du plus grand parc nucléaire du monde après les Etats-Unis, avec 58 réacteurs nucléaires en activité, ce qui la dote de capacités de production qui dépassent sensiblement les besoins des industries et des ménages français.

Mais cet avantage tend à se résorber depuis le début des années 2000: la consommation augmente rapidement, en raison de la multiplication des chauffages électriques, alors que peu de nouvelles centrales sont construites.

Désormais, la France importe de l’électricité pendant les heures de pointe (le soir en hiver) et en exporte le reste du temps.

Ainsi, l’excédent de la “balance électrique” de l’Hexagone (solde des exportations et des importations) a atteint en 2008 son plus faible niveau depuis 1990.

Au-delà de ces tendances de long terme, le mois d’octobre a en outre été marqué par de nombreux arrêts des réacteurs nucléaires français. Ainsi, début novembre, près d’un réacteur sur trois ne produisait toujours pas d’électricité.

Une partie de ce manque de production est imputable aux grèves intervenues ce printemps chez EDF, qui ont désorganisé le planning de maintenance et de rechargement en uranium des réacteurs.

Mais le parc nucléaire a aussi été victime de plusieurs accidents, notamment sur des générateurs de vapeur et des alternateurs endommagés.

EDF a ainsi annoncé la semaine dernière que la production nucléaire française allait chuter en 2009 à son plus bas niveau depuis dix ans.

Sur le seul mois d’octobre, la production d’électricité d’origine nucléaire (qui fournit près de 80% du total) a baissé de 8,9% par rapport à l’an dernier, selon les chiffres de RTE.

La production hydraulique a quant à elle chuté de 19,7%, alors qu’elle assure d’habitude plus de 10% des besoins français.

EDF, qui gère 640 barrages en France, impute ce déficit de production à de moindres précipitations dans les Alpes et le centre de la France.

“Nous avons constaté un niveau des lacs inférieur à la moyenne en raison d’une très faible pluviométrie”, a expliqué une porte-parole de l’entreprise à l’AFP.

Le groupe n’a donc pas pu déclencher les turbines installées sur les lacs de retenue aussi souvent que l’an dernier.

C’est donc vers l’Allemagne, la Suisse ou la Grande-Bretagne qu’EDF a dû se tourner pour fournir les électrons manquants.

Le recours aux importations ne pose d’ailleurs pas de problème en soi, remarque-t-on chez RTE, car cela permet à nos voisins européens d’écouler leurs exécédents.

Mais le réseau électrique français n’a pas la capacité suffisante pour importer de trop grandes quantités d’électricité. L’Espagne ne peut pas, par exemple, exporter son excédent d’électricité éolienne par manque de lignes à haute tension traversant les Pyrénées.

Le 19 octobre, quand le niveau des importations a atteint le niveau record de 7.711 MW, un véritable embouteillage s’est ainsi produit sur les autoroutes électriques françaises.