« La Tunisie mérite des réformes radicales » signée par Abdelbasset Essammari, membre du groupe de réflexions économiques et sociales, propose une lecture lucide des grands défis économiques et sociaux du pays. Chaque partie de son analyse met en lumière une priorité stratégique, en combinant diagnostic précis, analyse objective et solutions concrètes.

Abdelbasset EssammariDans le premier volet, publié ci-après, l’auteur insiste sur l’urgence de l’indépendance énergétique, condition préalable à toute croissance durable. Il démontre que sans électricité fiable, aucun secteur – industrie, agriculture, numérique ou investissement – ne peut prospérer.

Si l’on me demandait aujourd’hui de définir une seule priorité économique pour la Tunisie, je ne choisirais ni les impôts, ni les subventions, ni l’endettement, ni même le taux de croissance…

Je choisirais la sécurité énergétique.

Non pas parce que l’énergie est plus importante que les autres secteurs, mais parce qu’elle est la condition sur laquelle reposent tous les autres secteurs.

Pas d’industrie sans électricité, pas d’agriculture moderne sans énergie, pas de services numériques sans réseau stable, pas d’investissement local ou étranger prêt à prendre le risque dans un pays qui ne garantit pas la continuité de l’approvisionnement énergétique.

Les coupures électriques :

un signal clair que notre système énergétique fonctionne désormais à ses limites maximales.

Ainsi, les coupures répétées d’électricité que la Tunisie a connues ces derniers jours ne doivent pas être vues comme un incident circonstanciel ou comme le résultat d’une vague de chaleur exceptionnelle, mais comme un signal clair que notre système énergétique fonctionne désormais à ses limites maximales.

Et plus grave encore, la crise n’est pas seulement technique, mais aussi économique et financière.

Le déficit énergétique dépasse depuis des années la moitié du déficit commercial, et avec la hausse des prix du pétrole et du gaz et la baisse de la production nationale, la facture énergétique épuise les réserves de devises, pèse sur le budget de l’État et place les entreprises publiques, au premier rang desquelles la Société Tunisienne d’Électricité et de Gaz, face à des défis financiers sans précédent.

La poursuite de cette trajectoire signifie davantage de dépendance vis-à-vis de l’extérieur, davantage de pressions sur les finances publiques et davantage de risques pour la croissance et l’emploi.

Mais la crise, aussi sévère soit-elle, peut se transformer en opportunité si nous savons l’exploiter.

À mon avis, la solution repose sur cinq axes complémentaires :

1. Accélérer l’investissement public dans la production d’électricité, notamment à partir des énergies renouvelables, car la sécurité énergétique est une responsabilité souveraine qui ne peut être laissée entièrement aux logiques de marché ou aux considérations de rentabilité à court terme.

2. Moderniser les réseaux de transport, de distribution et de stockage, afin qu’ils puissent absorber la nouvelle production, réduire les pertes et améliorer la qualité du service.

3. Mobiliser un financement exceptionnel exclusivement destiné à l’investissement productif, y compris l’étude de la possibilité de fournir un financement interne sous conditions claires et définies, s’il est orienté vers des projets stratégiques qui augmentent la production et réduisent les importations d’énergie, avec les plus hauts niveaux de transparence et de contrôle dans l’utilisation de ces ressources.

4. Accélérer les programmes d’efficacité énergétique dans l’industrie, l’administration, le transport et les bâtiments, car chaque mégawatt économisé équivaut à un mégawatt supplémentaire que nous n’avons pas besoin de produire.

5. Élaborer une stratégie nationale jusqu’en 2040, fondée sur la diversification des sources d’énergie, l’encouragement de la fabrication locale des composants des énergies renouvelables et le lien entre la politique énergétique et la politique industrielle, afin que l’énergie devienne un moteur de croissance et non un simple fardeau pour la balance commerciale.

La sécurité énergétique n’est pas un dossier sectoriel, mais une question de souveraineté nationale.

Les pays qui ne possèdent pas leur sécurité énergétique ne possèdent pas pleinement leur décision économique.

Ainsi, chaque dinar investi aujourd’hui dans la production d’électricité, dans les énergies renouvelables et dans la modernisation des réseaux est un investissement dans l’indépendance de la décision nationale, dans la compétitivité de l’économie et dans la qualité de vie du citoyen.

Nous pouvons diverger sur les moyens de réforme, mais nous ne devons pas diverger sur les priorités.

Et aujourd’hui, je ne vois aucune priorité qui précède la sécurité énergétique.

Diagnostic précis… analyse objective… solutions applicables.

Parce que la construction de la nouvelle Tunisie commence par sécuriser l’énergie qui alimentera son économie pour les décennies à venir.

Dr. Abdelbasset Essammari