Après avoir établi que l’indépendance énergétique est la condition de toute croissance durable, Abdelbasset Sammari poursuit son analyse. Dans le deuxième volet, il montre que la réforme des caisses sociales est tout aussi vitale pour assurer la stabilité financière et restaurer la confiance des citoyens. 

Abdelbasset EssammariLes caisses sociales tunisiennes, censées être des piliers de stabilité et de solidarité, se retrouvent aujourd’hui en situation de déficit chronique. Abdelbasset Essammari propose une refonte profonde pour transformer ces institutions fragilisées en leviers de confiance et de durabilité.

Des caisses en crise

Dans un système économique équilibré, les caisses sociales sont parmi les institutions les plus solides : elles collectent des cotisations régulières, investissent leurs réserves et assurent la continuité des services. En Tunisie, elles se sont progressivement transformées en caisses déficitaires, accumulant dettes et conflits avec les prestataires de santé, menaçant ainsi le droit fondamental des citoyens à se soigner.

Une crise de gouvernance

Le problème n’est pas seulement une question de liquidité, mais de gouvernance et de système. Tant que l’État reste endetté envers les caisses, que celles-ci doivent aux prestataires, et que les entreprises publiques et privées tardent à régler leurs cotisations, aucun équilibre durable n’est possible.

Quatre décisions stratégiques

1. Créer une institution nationale unifiée de protection sociale, en fusionnant les trois caisses principales pour rationaliser les dépenses et renforcer la gestion des ressources.

2. Lancer une vaste opération de compensation des dettes entre l’État, les caisses et les institutions publiques, puis l’élargir au secteur privé dans un cadre légal clair.

3. Rééquilibrer les finances en élargissant la base des cotisants, en intégrant progressivement l’économie parallèle et en améliorant le recouvrement des contributions.

4. Adopter une gouvernance moderne et transparente, fondée sur la digitalisation, la publication régulière des comptes et une gestion professionnelle des réserves.

Un pilier de stabilité

Les caisses sociales ne doivent pas être un fardeau pour l’État, mais un pilier de stabilité financière et sociale. Leur réforme réussie ne sauverait pas seulement les retraites et la couverture santé, mais restaurerait aussi une part essentielle de la confiance des citoyens dans leurs institutions.

La Tunisie n’a pas besoin de solutions temporaires, mais de structures solides, de règles saines et d’une vision à long terme. Car la véritable réforme ne commence pas par l’endettement… mais par une nouvelle manière de gérer ce que nous possédons déjà.

Par Abdelbasset Sammari – Groupe de réflexions économiques et sociales