À la tête des Celliers de Montfleury acquis par sa famille, il y a 34 ans, David Boujenah, designer de formation et résident aux États-Unis, n’a jamais eu vocation à devenir vigneron. Pourtant, par devoir familial, il a repris l’affaire fondée par ses parents. Aujourd’hui, il tire la sonnette d’alarme sur un secteur viticole tunisien en péril : « Je suis incapable de produire un vin populaire à un prix que le peuple mérite. »

 Un secteur en chute libre

Aux années 50, la Tunisie comptait 10.000 hectares plantés de vignes. Aujourd’hui, ce chiffre serait tombé à moins de 6.000 hectares, soit une perte dramatique de surface cultivable. Cette contraction affecte directement la production : les Celliers de Montfleury sont passés de 6 millions de bouteilles par an à seulement 1,5 million, sans que la structure ou les équipements aient changé.

Le paradoxe du raisin tunisien

Le prix du raisin tunisien est devenu, selon lui, le plus cher du monde pour une qualité qu’il juge médiocre. À titre de comparaison, il évoque le raisin à appellation Cava en Espagne à 20 centimes le kilo, contre 2,800 dinars pour du raisin de table en Tunisie. Une aberration économique qui rend la production locale intenable.

 Maladies, manque de traitement, et absence de moyens

Les vignes tunisiennes sont ravagées par des maladies comme l’oïdium et la cicadelle, faute de traitements adaptés et de moyens financiers. « Les producteurs n’ont pas les produits, ni l’argent pour traiter. C’est une catastrophe », déplore-t-il.

Corruption et blocages administratifs

Boujenah pointe également du doigt la corruption endémique, qui freine l’importation de matériel et de matières premières indispensables à la production. « Dès qu’on importe, il faut payer, négocier, contourner des papiers absurdes » Une solution : partir ?

Face à cette impasse, il envisage de s’implanter ailleurs, faute de pouvoir investir dans de nouvelles terres ou moderniser ses installations. « Je suis en train d’acquérir de petits terrains à Barcelone, j’essaie de m’éloigner de la Tunisie. »

 Un appel à l’État

Le message de David Boujenah, DG des “Celliers de Montfleury” est clair : réinvestir dans l’agriculture, faciliter l’accès à l’eau, soutenir les producteurs, et surtout, cesser de saboter un secteur vital. « Le vin est un secteur important en Tunisie. Il mérite mieux que l’abandon. »

A.B.A

EN BREF

  • Saignée foncière : Le vignoble tunisien est passé de 10 000 hectares dans les années 1950 à moins de 6 000 hectares actuellement.
  • Chute des volumes : Les Celliers de Montfleury enregistrent un effondrement de leur production, passant de 6 millions à 1,5 million de bouteilles par an.
  • Surcoût de la matière première : Le raisin atteint 2,800 DT/kg en Tunisie contre environ 0,20 €/kg pour des appellations européennes comme le Cava espagnol.
  • Menace sanitaire : L’oïdium et la cicadelle déciment les récoltes en l’absence de produits phytosanitaires et de liquidités.
  • Fuite des investissements : Les blocages bureaucratiques et l’impossibilité d’investir incitent des producteurs historiques à se redéployer à l’étranger (notamment à Barcelone).