RetraiteL’application de l’article 15 de la Loi de finances 2026 exclut de l’augmentation de pension de 20 dinars les retraités touchant le minimum de 260 dinars, les nouveaux retraités depuis le 1er janvier 2026, les affiliés du régime complémentaire et les Tunisiens de l’étranger rattachés à la CNSS.

1. La promesse initiale de l’article 15 face au mur des réalités

L’intention législative affichée lors des débats sur le projet de budget de l’État pour 2026 semblait claire et inclusive. Selon Hédi Dahmane, spécialiste de la protection sociale à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la mouture initiale de l’article 15 de la Loi de finances 2026 prévoyait un ajustement à la hausse des salaires et des pensions de retraite, sans distinction, pour les affiliés des secteurs public et privé.

Cependant, le passage de la loi à son exécution administrative a provoqué une distorsion majeure. Le mécanisme technique d’application retenu a de facto écarté du dispositif les franges de la population qui en avaient le plus cruellement besoin, neutralisant l’effet redistributif attendu de cette mesure fiscale.

2. Une liste d’exclusions qui fragilise les plus précaires

La contestation syndicale repose sur un ciblage jugé aberrant des exclus de cette revalorisation mensuelle d’environ 20 dinars. Quatre grandes catégories se retrouvent ainsi sur la touche. En premier lieu, les retraités les plus vulnérables du pays : ceux percevant la pension minimale légale, fixée à 260 dinars. À cette anomalie s’ajoute l’exclusion des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), mais aussi les nouveaux actifs ayant fait valoir leurs droits à la retraite à compter du 1er janvier 2026.

Enfin, les bénéficiaires du régime complémentaire des pensions subissent une double peine : exclus de cette revalorisation de 2026, leur régime spécifique n’a fait l’objet d’aucun ajustement technique ni d’aucune revalorisation depuis maintenant cinq ans, subissant de plein fouet l’érosion monétaire.

3. Court-circuit institutionnel et urgence d’une gouvernance concertée

Au-delà du choc financier pour les ménages, l’affaire révèle une faille managériale dans la gestion par l’État des affaires sociales. La direction de la CNSS se retranche derrière son rôle de simple exécutant des directives gouvernementales. Plus grave encore, le dossier sensible de ces exclusions n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour ni soumis au conseil d’administration de la Caisse, une instance tripartite où siègent pourtant les représentants de l’UGTT.

Pour la centrale syndicale, ce court-circuit institutionnel dégage sa responsabilité technique mais confirme une dérive : l’adoption d’une approche exclusivement comptable et budgétaire des équilibres sociaux. Face à une inflation persistante et à la baisse continue du pouvoir d’achat, la centralisation des décisions sans concertation avec les partenaires sociaux fragilise le pacte social et appelle à une révision immédiate du décret d’application.

EN BREF

  • Promesse non tenue : L’article 15 de la Loi de finances 2026 prévoyait initialement une hausse globale des pensions (secteurs public/privé).
  • L’ajustement raté : Le mécanisme d’application prive les bénéficiaires d’une augmentation mensuelle d’environ 20 dinars.
  • Les retraités à 260 DT exclus : Les bénéficiaires de la pension minimale de 260 dinars sont paradoxalement écartés de la mesure.
  • Blocage du régime complémentaire : Aucune revalorisation n’a été accordée à ce régime spécifique depuis cinq ans.
  • Déficit de concertation : Le dossier n’a pas été soumis au conseil d’administration de la CNSS, provoquant la colère de l’UGTT.