Le débat sur la dette publique en Tunisie n’est plus un luxe intellectuel ni une discussion académique isolée. Il s’impose désormais comme l’un des enjeux souverains majeurs, appelant à une véritable transparence nationale.

À la fin de l’année 2025 et au début de 2026, la dette publique a franchi des seuils préoccupants. Le service de la dette a atteint des niveaux inédits, au point de concurrencer l’investissement public et de réduire la capacité de l’État à financer les infrastructures, la santé, l’éducation et le développement régional.

Le danger ne réside pas seulement dans le volume de la dette, mais aussi dans sa croissance rapide et dans l’augmentation continue de son coût année après année.

Dans ce contexte, trois approches distinctes se sont imposées dans le débat économique tunisien.

Première école : Ziad Ayoub – Réduire la dette avant tout

Pour le financier Ziad Ayoub, l’endettement excessif constitue une menace directe pour la stabilité financière et la souveraineté économique.

Son constat est simple mais alarmant : l’État emprunte de plus en plus pour rembourser des dettes anciennes et couvrir son déficit courant, alimentant ainsi un cercle vicieux d’endettement et de service de la dette.

Il préconise une révision de la loi organique de la Banque centrale afin de permettre l’utilisation d’une partie des réserves excédentaires pour réduire la dette extérieure. Il appelle également à une intervention accrue de la Banque centrale sur le marché des bons du Trésor afin de diminuer le coût du financement de l’État.

L’essence de cette approche : la priorité absolue doit être donnée à la réduction du principal de la dette et à l’allègement de son service.

Deuxième école : Arbi Ben Bouali – Chercher le financement le moins coûteux

L’économiste Arbi Ben Bouali adopte une perspective différente.

Selon lui, tant que la Tunisie a besoin de financement, il est illogique de refuser les sources les moins onéreuses pour recourir à des alternatives plus coûteuses.

Il plaide pour une utilisation accrue des financements des institutions internationales, notamment du Fonds monétaire international, lorsque leurs taux d’intérêt sont inférieurs à ceux des marchés financiers ou d’autres prêteurs.

Réduire le coût du financement, explique-t-il, allège immédiatement la pression sur les finances publiques et offre à l’État un délai supplémentaire pour engager les réformes indispensables.

Le cœur de cette approche : le problème n’est pas l’endettement en soi, mais son coût et les conditions de son utilisation.

Troisième école : Abdelbasset Essammari – Traiter les causes profondes

Pour ma part, je considère que la dette n’est pas la maladie, mais l’un de ses symptômes.

La véritable crise réside dans la faiblesse de la croissance, le recul de l’investissement, la baisse de la productivité et les déséquilibres structurels de l’économie nationale.

Réduire la dette suppose avant tout de réduire le besoin d’endettement. Les priorités nationales devraient inclure :

• L’accélération du cadastre national.
• La compensation des dettes croisées entre l’État, les entreprises publiques et le secteur privé.
• La rationalisation des subventions, progressivement réorientées vers la production et les bénéficiaires légitimes.
• Un investissement massif dans les énergies renouvelables.
• Le renforcement de la sécurité alimentaire et l’amélioration de la productivité agricole.
• L’amélioration du climat des affaires et l’accélération de l’investissement productif.
• La mobilisation de l’épargne des Tunisiens, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

La meilleure manière de réduire la dette n’est pas seulement de la rembourser, mais de faire croître l’économie plus vite que la dette elle-même.

Quelle voie pour la Tunisie ?

Ces approches ne sont pas totalement contradictoires. La sagesse commande de :

• Réduire le coût du financement chaque fois que possible.
• Restructurer la dette lorsque les conditions le permettent.
• Traiter simultanément les causes profondes qui poussent l’État à s’endetter en permanence.

La Tunisie a besoin aujourd’hui d’une stratégie nationale courageuse qui place la croissance, la production et l’investissement au sommet des priorités.

Les nations ne sortent pas de leurs crises financières par l’emprunt seul, ni par l’austérité seule, mais par la création de richesse.

Chaque jour de retard dans les réformes réelles ajoute un fardeau supplémentaire aux générations futures.

La dette et son service sont devenus une alarme nationale qui exige une action immédiate.

Deux choix s’offrent à nous : reprendre l’initiative et bâtir une économie productive capable de s’autofinancer, ou continuer à tourner dans le cercle vicieux du déficit, de l’endettement et du service de la dette.

Par Abdelbasset Essammari

EN BREF

  • Urgence nationale : Le service de la dette étouffe désormais les investissements publics stratégiques.
  • Approche Ayoub : Réduire le principal via une révision de la loi de la Banque centrale.
  • Approche Ben Bouali : Privilégier les financements internationaux les moins coûteux pour gagner du temps.
  • Approche Essammari : Inverser la logique en traitant les causes structurelles (croissance, productivité).
  • Vision globale : La dette doit être résolue par la création de richesse réelle, supérieure au coût de l’emprunt.