Transformateurs STEG ElectricitéLe réseau électrique tunisien s’apprête à accueillir deux transformateurs d’une capacité cumulée inédite de 760 MVA. Si cet apport d’infrastructures constitue un levier technique indispensable pour fluidifier le transport d’énergie et prévenir l’asphyxie du Grand Tunis, il ne saurait être assimilé à une hausse de la production nationale.

Décryptage d’un investissement stratégique aux enjeux d’intégration complexes.

01. Un saut d’échelle capacitif sans création de mégawatts

L’annonce simultanée de l’entrée en service fin août 2026 d’un transformateur de 360 MVA à Mornaguia et de la réception prochaine d’un équipement de 400 MVA d’origine chinoise suscite un espoir légitime. Toutefois, l’analyse technique impose de distinguer puissance apparente (exprimée en MVA) et puissance active (exprimée en MW).

Ces infrastructures colossales ne génèrent pas un seul kilowatt-heure supplémentaire. Leur fonction exclusive réside dans la conversion des niveaux de tension afin de transférer le courant entre les centrales de production, le réseau de transport à haute tension et les foyers de consommation.

L’apport combiné de 760 MVA constitue une avancée logistique remarquable, mais il ne résout pas l’équation fondamentale de l’offre et de la demande. Un transformateur ne pèse aucunement sur l’approvisionnement en gaz naturel ni sur le taux de disponibilité des turbines du parc national.

02. Mornaguia, épicentre de la vulnérabilité du Grand Tunis

L’affectation du premier transformateur au poste nœud de Mornaguia répond à une urgence structurelle. La région métropolitaine du Grand Tunis concentre la majeure partie de la demande industrielle et résidentielle du pays.

Lors des pics estivaux, comme la pointe historique enregistrée à 4 825 MW en juillet 2023 pour une capacité installée théorique de 5 982 MW, la marge de manœuvre de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) s’avère dangereusement étroite.

L’injection de cette nouvelle capacité de transformation à Mornaguia permettra de soulager les artères de transport régionales en évitant les phénomènes de congestion locale et les délestages par surchauffe. Cependant, la portée réelle de cet investissement reste subordonnée à la charge des lignes sous-jacentes et à l’implémentation de redondances techniques au sein du sous-réseau.

03. Le maillon physique de la transition énergétique

Au-delà de la gestion des pics de consommation estivaux, le renforcement de l’architecture des postes électriques est une condition sine qua non à la réussite du plan solaire et éolien tunisien, qui vise 35 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. L’intégration de capacités renouvelables, par nature intermittentes et décentralisées, impose une flexibilité accrue des nœuds de transformation.

Associées aux programmes de prévision automatisée menés conjointement avec la JICA et aux futurs projets de stockage par batterie, ces infrastructures de transformation lourdes fournissent le squelette indispensable pour absorber les variations de charge sans déstabiliser la fréquence du réseau national.

04. Flou institutionnel et énigme offshore

Malgré l’ampleur des chiffres, une réserve éditoriale s’impose quant aux modalités d’exécution. Les communications publiques émanant du Conseil du deuxième district manquent encore du backing technique officiel de la STEG concernant le calendrier précis, les coûts d’acquisition et les schémas de raccordement du second transformateur de 400 MVA.

L’évocation parallèle d’une « plateforme centrale de transformation électrique en mer » à l’horizon fin 2026 demeure tout aussi enigmatique en l’absence de cahier des charges, de plan de financement ou d’études d’impact environnemental publiés. Le véritable test d’efficacité de cette stratégie réseau ne se mesurera pas aux annonces d’intentions, mais bien à la continuité de la fourniture électrique lors des prochaines tensions climatiques.

EN BREF

  • Capacité globale : L’arrivée de deux transformateurs de 360 MVA (Mornaguia) et 400 MVA (Chine) totalise 760 MVA de puissance apparente.
  • Fonction technique : Ces équipements ne produisent aucune électricité supplémentaire ; ils optimisent le transport et réduisent les congestions locales.
  • Urgence à Mornaguia : L’installation stratégique à Mornaguia cible le soulagement direct du nœud d’alimentation du Grand Tunis.
  • Enjeu EnR 2030 : La modernisation des postes est essentielle pour absorber l’objectif national de 35 % d’énergies renouvelables.
  • Réserves critiques : L’impact réel dépendra des investissements complémentaires sur les lignes, de la disponibilité de la production et de la confirmation des calendriers par la STEG.