
1. Une coupure nocturne pour éviter le chaos diurne
Depuis ce dimanche, la SONEDE applique un système de distribution alternée de l’eau potable dans le Sahel tunisien. Concrètement, les vannes sont fermées chaque nuit de minuit à 5 heures du matin. L’objectif affiché par le directeur régional du Centre, Noureddine Boumiza, est purement pragmatique : reconstituer les réserves stratégiques durant le creux de la consommation pour garantir un accès minimal et régulier à l’eau pendant la journée.
Cette mesure d’urgence met en lumière la fragilité extrême du réseau face au stress hydrique chronique qui frappe la région, exacerbé par la baisse critique des apports du barrage de Nebhana, principale ligne de vie des stations de traitement locales.
2. Rompre la fracture géographique de la consommation
Au-delà de la stricte gestion des volumes, cette interruption nocturne répond à un impératif d’équité sociale et géographique. Jusqu’ici, le libre cours de la distribution pénalisait lourdement les populations. Les zones situées en altitude, à l’instar de Hay Riadh, Fgaiya ou Ouled Ahmed, subissaient des pénuries prolongées et répétées. En cause ? La surconsommation systémique dans les zones basses qui vidait les canalisations avant que l’eau ne puisse grimper. Le rationnement imposé par la SONEDE vise à casser cette asymétrie en stabilisant la pression globale du réseau.
Les chantiers de Sisyphe : Retards et promesses à l’horizon 2050
Pour sortir de ce pilotage à vue, deux grands chantiers structurels sont sur la table, bien que ralentis par les lourdeurs administratives. Le premier concerne le mégaprojet de transfert des eaux du Nord vers le Centre, interconnecté au barrage de Kalaa Kebira. Évalué à 1 000 milliards de millimes (1 milliard de dinars), ce chantier vital a accumulé d’importants retards dus aux procédures d’expropriation foncière. Bien que la SONEDE assure que les démarches avancent pour sécuriser les besoins jusqu’en 2050, l’urgence du présent rattrape la planification du futur.
Parallèlement, la station de dessalement d’eau de mer de Sousse reste bloquée en phase d’essais techniques approfondis. Tant que sa conformité au cahier des charges n’est pas validée, cette infrastructure cruciale ne pourra pas injecter ses premiers mètres cubes dans un réseau sahélien assoiffé.


