L’UEFA a vivement critiqué lundi la décision de la FIFA de permettre à l’attaquant américain Folarin Balogun de jouer le huitième de finale de la Coupe du monde ce mardi contre la Belgique alors qu’il aurait dû normalement être suspendu un match après avoir écopé d’un carton rouge lors du tour précédent.
L’instance dirigeante du football européen a affirmé que la FIFA, l’organisatrice du Mondial qui se déroule cette année aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, avait “franchi une ligne rouge” après l’intervention personnelle du président Donald Trump dans cette affaire pour que la sanction du joueur soit suspendue.
“Nous exprimons notre incrédulité face à une décision sans précédent, incompréhensible et injustifiable”, déclare l’UEFA dans un communiqué, ajoutant que la FIFA “avait franchi une ligne rouge”.
“Lorsque la certitude des règles n’est plus garantie par ses gardiens, l’intégrité du jeu est en jeu et la crédibilité d’une compétition est compromise”, ajoute l’UEFA.
La décision de la FIFA a provoqué une onde de choc dans le monde du football et a suscité, sans surprise, une réaction indignée menée par la Belgique.
“L’Union Royale Belge de Football (URBSFA) réagit avec stupéfaction à la décision de la FIFA de déclarer le joueur américain suspendu Folarin Balogun finalement éligible pour le match États-Unis-Belgique”, déclarent dans un communiqué les autorités belges du ballon rond.
“L’URBSFA a adressé un courrier à la FIFA afin d’obtenir une copie de cette décision, des explications sur la procédure suivie et de faire connaître sa position quant à l’application des règlements en vigueur”, poursuivent-elles.
“En guise d’unique réponse, la FIFA a informé l’URBSFA, par courrier, qu’elle considérait cette correspondance comme un appel, qu’un juge avait été désigné et que l’URBSFA ne disposait que de quelques heures pour compléter cet appel. Aucune autre information n’a été communiquée par la FIFA”.
La FIFA a autorisé l’attaquant américain Folarin Balogun à jouer après que Donald Trump a personnellement exhorté le président de la FIFA, Gianni Infantino, à réexaminer le dossier.
Evoquant cette intervention sur son réseau social Truth Social, le président américain a estimé qu’il était injuste que la FIFA, avec la sanction automatique de la suspension d’un match associée à un carton rouge, empêche l’un des meilleurs joueurs américains de participer.
Avec trois buts depuis le début de la compétition, Folarin Balogun est à ce stade le meilleur buteur des Etats-Unis au cours de cette Coupe du monde.
Au-delà de l’UEFA, d’autres voix se sont élevées pour dénoncer “la collusion” entre le président américain et le président de la FIFA Gianni Infantino. Ce dernier avait décerné à Trump le “Prix de la Paix” de la FIFA fin 2025.
“C’est notre sport, pas le leur”, a déclaré l’ancien entraîneur de Liverpool, Jürgen Klopp.
“Si Donald Trump et Gianni Infantino ont vraiment réglé cela entre eux, c’est de la folie ; cela remet tout en question. Ces deux personnes (Trump et Infantino), qui ne connaissent rien au football, ne devraient absolument pas avoir leur mot à dire là-dessus”, a-t-il ajouté.
Le président de la fédération allemande de football a pour sa part déclaré que “l”intégrité de la compétition et la crédibilité de la FIFA sont en jeu”.
De son côté, le commissaire européen chargé des Sports a mis en garde contre “l’instrumentalisation du sport à des fins politiques”.
Folarin Balogun a été expulsé, après consultation de la VAR, pour une semelle sur la jambe du défenseur Tarik Muharemovic lors de la victoire des Etats-Unis face à la Bosnie-Herzégovine en seizièmes de finale, une sanction que nombre d’observateurs du football avaient tout de suite jugé sévère.
Le sélectionneur de l’équipe d’Angleterre Thomas Tuchel avait ainsi déclaré que le tacle de Folarin Balogun ne méritait pas de carton rouge, mais il a condamné la décision de suspendre la sanction.
“Qui va annuler cette décision, alors, et quand ? Et pour quels motifs ? Jusqu’où cela va-t-il aller maintenant ? Je trouve cela étrange. Où cela commence-t-il et où cela s’arrête-t-il ?”, a-t-il lors de la conférence de presse suivant la victoire de l’Angleterre sur le Mexique en huitième de finale.
L’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, qui a démissionné en 2015 suite à des accusations de corruption, s’est joint aux critiques.
“Les cartons rouges ne sont pas annulés par des coups de fil politiques. Ils sont annulés par des règles, des preuves et des instances indépendantes”, a-t-il déclaré.
“Si un président américain intervient auprès du président de la FIFA – et qu’un joueur est soudainement autorisé à jouer avant un match à élimination directe de la Coupe du monde – , la question s’impose : Quo vadis, FIFA ? Le football ne doit jamais devenir un terrain de jeu pour le pouvoir politique”, a ajouté Sepp Blatter.
Précédent de l’utilisation de l’article 27 invoqué par la Fifa pour suspendre la sanction de Folarin Balogun : le cas Cristiano Ronaldo en novembre 2025.
Sanctionné pour trois matches après un coup de coude contre l’Irlande le 13 novembre 2025, il aurait dû manquer les deux premiers matches du Portugal de la Coupe du monde mais a vu sa sanction réduite à une seule rencontre, lui permettant ainsi de ne pas manquer de match de la Coupe du monde 2026.


