RestaurantsLe secteur de la restauration touristique en Tunisie traverse une zone de turbulences sans précédent. Avec une chute d’activité vertigineuse de 50 %, la filière, qui compte quelque 400 établissements classés et fait vivre environ 20 000 salariés, tire la sonnette d’alarme. Habib Ben Moussa, président de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques, dresse un constat lucide : sans un choc de simplification fiscale et une stratégie de modernisation audacieuse, c’est tout un pan de l’attractivité touristique nationale qui risque de s’effriter.

L’étau fiscal : le cri du cœur des restaurateurs

La forte hausse des prix pratiqués par les établissements n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’une pression fiscale devenue insoutenable. Entre l’augmentation des coûts de production et le cumul d’une taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires et d’une TVA de 19 % sur les boissons, les marges se sont évaporées. La Fédération demande une harmonisation du taux de TVA à 7 %, pour s’aligner sur le régime fiscal privilégié des hôtels, et plaide pour un moratoire de six mois sur l’installation des caisses enregistreuses électroniques, un investissement lourd dans un contexte de trésorerie exsangue.

L’hémorragie des talents : une fuite de savoir-faire

Au-delà de la rentabilité, c’est la survie du patrimoine culinaire qui est en péril. Habib Ben Moussa alerte sur un phénomène préoccupant : l’exode massif des compétences. Chefs de cuisine et personnel qualifié, formés en Tunisie, sont de plus en plus captés par les marchés européens et les pays du Golfe. Cette fuite des cerveaux culinaires prive le secteur de son atout différenciateur majeur : la qualité du service et l’authenticité de la table tunisienne.

Vers une transformation digitale par l’assiette

Malgré l’urgence, la Fédération refuse le fatalisme. Le levier de croissance identifié repose sur une montée en gamme par le numérique. Le lancement d’une plateforme globale de référence marque un tournant stratégique. Ce futur outil a une triple vocation : documenter le patrimoine culinaire tunisien, moderniser l’expérience client et surtout, offrir une visibilité internationale nécessaire pour rivaliser avec la restauration mondiale. La cuisine, pilier de l’image de marque de la Tunisie, s’apprête donc à entamer sa transition digitale pour reconquérir sa compétitivité.