Si on croit Salma Ben Hamida, présidente de l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATIC), les petites et moyennes entreprises (PME), qui ont constamment souffert des difficultés d’accès au crédit bancaire, peuvent recourir, en principe au mécanisme du l’investissement en capital pour satisfaire leurs besoins en financement.
Dans le détail, ce type d’investissement a pour mission de prendre des participations dans le capital de petites et moyennes entreprises non cotées pour financer, sur une période de 3 à 12 ans, leur démarrage (capital amorçage ), leur croissance et leur transmission.
L’investissement capital, de quoi s’agit il ?
Plus simplement encore, le rôle des structures d’investissement ne se limite pas, d’après Ben Hamida, à l’apport de capitaux. Il comprend également un accompagnement stratégique des entreprises, une participation à leur gouvernance à travers une présence au sein des conseils d’administration, ainsi qu’un suivi et un encadrement tout au long de leur développement.
En échange du financement et de l’encadrement, l’entrepreneur partage les décisions stratégiques avec les investisseurs financiers, qui assument les mêmes risques que les autres actionnaires.
Intervenant, le 15 juin 2026, sur les ondes de radio express fm, Salma Ben Hamida, a fait une révélation fort intéressante sur l’environnement des affaires en Tunisie.
Elle a relevé que « l’investissement en capital connaît une évolution notable depuis 2020, tant en termes de volume d’interventions que de diversité des projets financés, enregistrant un taux de croissance stable d’environ 8 % ».
Les résultats auraient pu être meilleurs
A regarder de près ce taux, nous pensons qu’il ne s’agit pas d’une grande performance lorsqu’on sait que l’ “ATIC” a été créée en 2004 et qu’elle regroupe les principales structures de Capital Investissement actives en Tunisie ; les SICAR, les Sociétés de gestion de FCPR et de fonds d’amorçage et les Fonds de Capital investissement.
En principe ses résultats devaient être meilleurs au regard de l’ampleur des besoins de financement par les petites et moyennes entreprises du pays lesquelles constituent 80% du tissu économique national.
Sans trop donner de précisions, expliquer son argumentaire, la présidente de l’ATIC voit les choses autrement. Elle perçoit dans cette croissance « une amélioration progressive du climat des affaires et d’une confiance accrue dans les mécanismes de financement non bancaires ».
Mieux, satisfaite de ce résultat, Ben Hamida estime que le capital-investissement constitue désormais une alternative complémentaire et moderne au financement bancaire, notamment grâce à l’intérêt croissant des investisseurs privés pour les fonds d’investissement et les sociétés de gestion. Cette évolution traduit, selon elle, une transformation de la culture de l’investissement fondée sur la gouvernance, l’efficacité et la rentabilité.
La couverture régionale du capital investissement et des entreprises bénéficiaires ont besoin d précisions
Elle devait évoquer quelques chiffres pour étayer ses dires. Elle a révélé que le volume des investissements réalisés dans ce domaine a atteint 5,4 milliards de dinars sur la période 2011-2024, contre 4,533 milliards de dinars entre 2011 et 2021, ce qui témoigne d’une accélération du rythme des financements au cours des dernières années.
Le secteur a ainsi contribué au financement de plus de 2 000 entreprises, confirmant son rôle majeur dans le soutien du tissu économique tunisien, des startups aux sociétés plus matures. Elle n’a pas cependant révélé aucun détail sur la répartition sectorielle des entreprises bénéficiaires.
Salma Ben Hamida devait ajouter un autre éléments d’information, celui de « la large couverture des régions du pays », d’après elle.
Sans donner des éclairages sur les régions bénéficiaires. Elle a estimé que l’investissement en capital couvre, désormais, l’ensemble des entreprises de toutes les régions du pays. «Cette approche contribue, d’après elle, à renforcer l’équité territoriale et à réduire les disparités régionales».
De notre point de vue, nous estimons que seule la création d’une banque postale et l’affectation d’importants fonds de La Caisse de dépôt et de consignation (CDC) au financement des PME dans le pays peuvent créer une véritable dynamique de financement des PME en Tunisie.
Au regard de l’absence, à l’heure actuelle, de structures de financement régionales crédibles et solides, le capital investissement ne peut être, que d’un apport complémentaire.
Abou SARRA
EN BREF
- Alternative stratégique : Le capital-investissement dépasse le simple financement pour offrir un pilotage de gouvernance aux PME.
- Progression modérée : Une croissance annuelle de 8 % depuis 2020, jugée encourageante mais perfectible au vu du poids des PME.
- Volume cumulé : 5,4 milliards de dinars injectés entre 2011 et 2024 dans plus de 2 000 entreprises.
- Déficit d’information : Un manque de transparence sur la répartition sectorielle et géographique réelle des fonds.
- Limites structurelles : Le secteur reste un appoint complémentaire et ne peut se substituer à une stratégie nationale globale de financement.


