La protection de l’économie nationale et de la population tunisienne face aux dérèglements climatiques nécessite des financements estimés à 29 milliards de dollars américains pour la période 2026-2035, soit 53% du besoin total de financement de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0), récemment présentée lors d’un débat national organisé par le Forum national de l’adaptation aux changements climatiques.

La part la plus importante des besoins de financement en matière d’adaptation revient au secteur de l’eau (10,7 milliards de dollars) suivi de celui de l’agriculture et alimentation (8 milliards de dollars). Les besoins de financement en matière de renforcement de capacités, de transfert des technologies et d’accompagnement des programmes de la CDN3.0 en matière d’adaptation sont estimés à 1,85 milliards de dollars.

D’après ce document stratégique, la Tunisie subit de plein fouet les effets du changement climatique, caractérisés par une hausse des températures, une baisse de la pluviométrie et une élévation du niveau de la mer. Si le pays ne gère pas de manière urgente les risques liés aux changements climatiques, selon la Banque Mondiale, l’économie pourrait se contracter de 3,4 % en termes de PIB d’ici 2030 (près de 5,6 milliards D, soit 1,8 milliard USD par an en valeur actuelle nette). Les pertes annuelles dues aux pénuries d’eau, à l’érosion côtière et aux inondations, atteindraient 6,4 % du PIB en 2050, soit 10,4 milliards D (3,4 milliards USD) en valeur actuelle nette.

En conséquence, le secteur agricole serait particulièrement touché, sa valeur ajoutée devrait diminuer de 15 % d’ici à 2030 (et de 29 % d’ici à 2050). Une baisse de la production agricole réduirait les exportations nettes, tandis que les importations augmenteraient pour combler l’écart entre l’offre et la demande. En conséquence, le déficit de la balance courante se détériorerait de plus de 6 % en 2030. Cela exacerberait l’équilibre extérieur déjà fragile de la Tunisie. En outre, d’ici à 2030, le taux de pauvreté augmenterait à 21,3 %, cela équivaut à 1,5 point de pourcentage d’augmentation par rapport au scénario de référence.

CDN 3.0 : Sept axes prioritaires pour renforcer la résilience face aux changements climatiques

Face à ces défis, la CDN 3.0 adopte une approche alignée sur l’Objectif mondial d’adaptation (GGA), visant à transformer la vulnérabilité en résilience durable à l’horizon 2035. Cette vision s’articule autour de sept axes prioritaires, à savoir une gestion rigoureuse des ressources en eau visant un accès équitable grâce au recours aux eaux non conventionnelles, comme le dessalement et la réutilisation des eaux usées. En parallèle, le secteur de l’agriculture, de la pêche et de la sécurité alimentaire mise sur l’utilisation de semences résilientes, la digitalisation et le soutien direct aux petits exploitants.

Dans le cadre de cette stratégie, la Tunisie s’engage également, à protéger ses écosystèmes et sa biodiversité, notamment les forêts, les oasis et les zones humides, pour maintenir leurs services vitaux. Elle œuvrera, par ailleurs, à renforcer le système de santé face aux risques climatiques (canicules, maladies à transmission vectorielles …). En matière d’infrastructures, la CDN 3.0 se fixe comme objectifs, la protection du littoral contre l’érosion et l’intégration des risques climatiques dans la planification urbaine. La CDN 3.0 intègre aussi la sauvegarde du patrimoine culturel et des savoirs ancestraux, tels que la pêche à la “Charfia” ou l’agriculture “Ramli”, pour leur grande valeur adaptative.

Toutes ces mesures combinées visent à améliorer les moyens de subsistance et à lutter contre la pauvreté par un développement régional axé sur la création d’emplois verts.

Parallèlement aux efforts d’adaptation prévus par la CDN 3.0, les priorités nationales s’articulent aussi autour du renforcement des systèmes de suivi et d’évaluation, de l’intégration du risque climatique dans la planification du développement, du déploiement de mécanismes innovants assurantiels et de compensation et du renforcement des capacités institutionnelles et locales.

Les contributions déterminées au niveau national, ou CDN, sont des plans nationaux d’action climatique élaborés par chaque pays dans le cadre de l’Accord de Paris. La CDN d’un pays décrit comment il prévoit de réduire ses émissions de gaz à effet de serre pour contribuer à atteindre l’objectif mondial de limiter la hausse des températures à 1,5 °C et s’adapter aux impacts des changements climatiques. L’Accord de Paris exige que les CDN soient mises à jour tous les cinq ans avec une ambition croissante, en tenant compte des capacités de chaque pays.