
Une flambée artificielle déconnectée de la ferme
La ferveur des préparatifs de l’Aïd el-Adha cède la place à l’angoisse dans la région de Béja. Les étiquettes affichées sur les marchés aux bestiaux atteignent des sommets historiques, plongeant les ménages dans le désarroi. Pourtant, cette crise des prix ne trouve pas son origine au cœur des exploitations agricoles.
Selon Alfa Lfaii, cheffe de service à l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche (URAP) de Béja, les tarifs excessifs constatés sur les points de vente ne reflètent en rien la réalité des transactions à la ferme. Les véritables agriculteurs maintiennent une grille tarifaire raisonnable et stable au sein de leurs exploitations, avec des prix oscillant entre 900 dinars et 1 400 dinars au maximum pour un mouton de sacrifice. L’explosion des coûts subie par le consommateur final est donc décorrélée de la valeur réelle du bétail.
Le piège logistique et le retrait forcé des éleveurs
Comment expliquer un tel grand écart entre le prix à la production et le prix au comptoir ? La réponse réside dans une défaillance logistique majeure. Les producteurs locaux font face à des obstacles insurmontables : la hausse vertigineuse des frais de transport et l’explosion des coûts globaux de déplacement.
Faute de moyens et de soutiens logistiques, les éleveurs sont dans l’incapacité quasi totale d’acheminer eux-mêmes leurs bêtes vers les espaces de vente urbains. Ce retrait forcé des circuits officiels crée un vide structurel profond. L’absence de vente directe prive le consommateur d’un tarif équitable et isole le producteur, incapable de valoriser son travail de toute une année.
Le règne des « gachara » ou le hold-up de la distribution
Ce vide logistique a laissé le champ libre à une catégorie d’acteurs redoutables : les intermédiaires et commerçants informels, localement appelés « gachara ». En s’accaparant les circuits de distribution, ces spéculateurs dictent désormais leur loi sur les marchés de Béja.
Profitant de leur position de force, les intermédiaires gonflent les prix de manière arbitraire et unilatérale. Leur stratégie est claire : maximiser des profits rapides et disproportionnés en un temps record. Ce hold-up économique se fait au détriment des deux maillons essentiels de la chaîne : d’un côté, des éleveurs épuisés par des mois de travail et de charges financières ; de l’autre, des citoyens tunisiens fragilisés, contraints de sacrifier leur budget ou leurs traditions face à la spéculation.
EN BREF
- Hausse historique : Les prix des moutons de sacrifice atteignent des niveaux inédits au marché de Béja à une semaine de l’Aïd.
- Stabilité à la ferme : Chez les éleveurs directs, le prix réel d’un mouton reste encadré entre 900 et 1 400 dinars.
- Obstacle logistique : L’explosion des coûts de transport empêche les producteurs de vendre directement aux consommateurs.
- Rôle des « gachara » : Les intermédiaires profitent de l’absence des éleveurs pour contrôler les circuits et gonfler les prix arbitrairement.
- Double impact : Cette spéculation lèse à la fois les éleveurs épuisés et le pouvoir d’achat des familles tunisiennes.


