La Tunisie vient de valider cinq projets solaires d’envergure, pour un montant dépassant le demi‑milliard d’euros. Voltalia (France), Scatec Solar (Norvège) et Qair Group (France) construiront des centrales à Gabès, Sidi Bouzid et Gafsa, avec des contrats de 20 à 25 ans. L’électricité produite sera vendue exclusivement à la STEG, à des prix trois fois inférieurs à ceux du gaz importé.
Pour Sami Jallouli, « Legal and policy strategist », ces accords doivent être compris dans leur globalité. Il rappelle que la question des certificats carbone est centrale : dans le cas de ces concessions, la Tunisie bénéficie de 65 % des revenus carbone, contre 35 % pour les investisseurs, un partage plus favorable que la règle internationale du 50/50.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large. En février 2026, l’ambassade du Japon a annoncé la sélection d’un projet photovoltaïque de 100 MW à Gabès, financé dans le cadre du Mécanisme d’Échange des Crédits Carbone (MCC), avec une subvention pouvant atteindre 2 milliards de yens (environ 37 millions de dinars tunisiens). Le projet sera réalisé par Marubeni, en partenariat avec une entreprise française. Contrairement à certaines interprétations, la subvention MCC n’est pas une cession, mais une valorisation du carbone : elle a permis à la Tunisie d’obtenir un certificat de production, tandis que la STEG a récupéré la part restante des crédits carbone.
Une campagne de désinformation
Autour de ces projets, une campagne de désinformation tente de semer le doute. Or, plusieurs faits sont occultés :
-Les travaux d’infrastructures et de renforcement du réseau sont intégralement financés par les concessionnaires, et non par l’État tunisien.
-La prime de 36 millions de dinars accordée dans le cadre de ces projets générera un retour sur investissement estimé à plus de 110 millions de dinars après dix ans, preuve que ces accords ne sont pas une perte mais un levier économique majeur.
-L’arbitrage international prévu dans les contrats est une clause standard, inscrite dans plus de 53 accords de protection des investissements signés par la Tunisie.
Les mécanismes carbones, qu’ils soient européens ou japonais (MCC), ne privent pas la Tunisie de ses droits, mais permettent au contraire de monétiser un actif immatériel que le pays ne valorisait pas.
La STEG face à ses responsabilités
Les syndicats de la STEG s’opposent, invoquant la défense des acquis sociaux. Pourtant, l’entreprise n’a pas investi sérieusement dans le solaire depuis le début des années 2000. Avec une dette lourde et une situation financière fragile, elle n’a plus la capacité d’emprunter pour construire de telles centrales. Le statu quo n’est plus une option.
Les projets MCC illustrent d’ailleurs cette incapacité : sans financement japonais, la Tunisie n’aurait pas pu obtenir les certificats carbones nécessaires, ni lancer un projet de 100 MW à Gabès.
Le vrai enjeu : un savoir‑faire tunisien
Ces projets ne doivent pas être vus uniquement comme une source d’électricité bon marché. Ils représentent une opportunité stratégique de transfert de compétences. Le savoir‑faire cumulé par les ingénieurs, techniciens et industriels tunisiens leur permettra :
-de conquérir des marchés internationaux, en se positionnant comme prestataires compétents ;
-d’obtenir des références solides grâce à la réalisation de grandes stations solaires ;
-de bâtir un tissu industriel local capable de rivaliser dans la région et au‑delà.
Sans cette stratégie, la Tunisie restera dépendante des opérateurs étrangers, même pour une ressource aussi abondante que le soleil.
Une opportunité historique
« Si ces projets apportent une véritable indépendance énergétique, du développement, de l’emploi et un transfert de technologie, il faut les soutenir », affirme Jallouli. Mais il ajoute que l’essentiel est de transformer ces accords en levier de modernisation industrielle.
Le photovoltaïque n’est pas seulement une énergie propre : c’est une chance historique pour la Tunisie de bâtir une souveraineté énergétique et technologique, de renforcer son industrie et de se projeter sur les marchés mondiaux.
Face à la désinformation, l’analyse rigoureuse montre que ces projets ne sont pas une concession de souveraineté, mais une conquête d’avenir.
ABA



