La Société nationale de cellulose et de papier alfa (SNCPA), qui participe pour la première fois à la Foire internationale du livre de Tunis (FILT), prépare un vaste programme de restructuration destiné à restaurer sa pleine capacité de production et à réduire la dépendance de la Tunisie aux importations de papier.

Présente à la 40e édition de la Foire avec un stand dominé par le slogan « En célébrant aujourd’hui le livre, nous célébrons les mains qui ont contribué à sa fabrication », l’entreprise publique située à Kasserine expose des échantillons de papier d’impression et d’écriture, de pâte d’alfa et de produits chimiques verts.

La SNCPA entend ainsi mettre en avant son rôle dans la chaîne de fabrication du livre, dans un contexte marqué par la hausse des coûts du papier et les difficultés d’approvisionnement du secteur de l’édition.

Dans un entretien exclusif accordé à l’Agence TAP, la présidente-directrice générale de la SNCPA, Samia Briki, a indiqué que l’entreprise fonctionne actuellement à seulement 50 % de la capacité maximale de son unité de production de papier destinée à l’impression et à l’édition, en raison de l’usure des équipements.

La responsable, à la tête de la SNCPA depuis 2024, a précisé que les démarches sont en cours pour mobiliser un financement, après l’obtention de la garantie de l’État à l’issue d’un conseil ministériel consacré à la situation de cette entreprise, présentée comme la seule au monde à produire de la pâte d’alfa destinée à l’exportation.

Le programme de restructuration, prévu sur cinq ans, devrait permettre à terme de réduire les importations de papier et la pression sur les réserves en devises consacrées à l’approvisionnement des imprimeries tunisiennes.

Voici le texte intégral de l’entretien :

S’agit-il de votre première participation à la Foire internationale du livre de Tunis ?

Samia Briki : Exactement. Nous participons pour la première fois à la Foire internationale du livre de Tunis en tant qu’invitée d’honneur, à la suite du succès enregistré par l’entreprise lors des deux dernières rentrées scolaires dans l’approvisionnement en papier destiné aux livres et cahiers scolaires, malgré l’absence des investissements programmés et l’état très vétuste des équipements.

Nous avons réussi à assurer la production dans des conditions difficiles, en attendant la mobilisation des financements nécessaires après le conseil ministériel tenu en 2025, qui a validé le programme de restructuration et accordé la garantie de l’État pour le financement des investissements.

Quelle est la prochaine étape du programme de restructuration ?

Nous travaillons actuellement, en coordination avec le ministère de l’Économie et de la Planification, à la recherche d’un bailleur de fonds. Les investissements prévus permettront de remettre en activité l’ensemble des unités de production de l’entreprise.

La SNCPA dispose de trois unités : une unité de fabrication de papier destinée à l’impression et au livre, actuellement opérationnelle mais limitée à 50 % de sa capacité ; une unité de production de pâte d’alfa, actuellement à l’arrêt faute de financements ; et une unité spécialisée dans les produits chimiques nécessaires à la fabrication de cette pâte.

La société est aujourd’hui la seule au monde à produire de la pâte d’alfa, entièrement exportée en raison de ses multiples usages et de l’intérêt croissant pour les matières naturelles. L’alfa peut également être utilisée dans le textile ou encore dans la fabrication du papier-monnaie.

Ce programme s’inscrit aussi dans une logique de valorisation de la filière alfa dans la région de Kasserine, où cette plante est abondamment présente.

Combien de personnes travaillent au sein de l’entreprise ?

L’entreprise emploie plus de 700 agents et cadres. La main-d’œuvre indirecte se chiffre, quant à elle, à plusieurs milliers de personnes, notamment les collecteurs d’alfa qui approvisionnent l’usine.

L’arrêt de l’unité de pâte d’alfa a eu un impact important sur l’emploi et sur l’activité économique locale. Le programme de restructuration vise ainsi à relancer la dynamique économique et sociale autour de cette filière.

Le coût du papier reste aujourd’hui un problème majeur pour les éditeurs. Comment la SNCPA peut-elle contribuer à réduire cette pression sur le marché ?

Actuellement, notre production est entièrement consacrée à la couverture des besoins de la rentrée scolaire, notamment les cahiers subventionnés et les manuels scolaires. Mais l’entreprise dispose d’un potentiel de production supplémentaire qui pourrait être orienté vers le papier destiné aux imprimeries et aux cahiers non subventionnés.

Cela permettrait à l’État de réduire les importations de papier et les dépenses en devises.

Par ailleurs, la modernisation des équipements prévue dans le cadre du programme de restructuration devrait améliorer notre compétitivité et réduire les coûts de production, ce qui permettrait au papier produit localement de devenir plus compétitif que le papier importé.

À quel horizon l’entreprise pourrait-elle retrouver sa pleine capacité de production ?

Après le conseil ministériel, nous avons finalisé les études techniques et préparé les cahiers des charges relatifs aux équipements et aux machines à acquérir. Nous sommes désormais dans la phase de mobilisation du financement.

Une fois le bailleur de fonds identifié, qu’il s’agisse d’une banque tunisienne ou étrangère, le projet pourra démarrer. Le programme s’étalera sur cinq ans : trois années consacrées à la réhabilitation de l’unité de fabrication de papier, une année dédiée à l’installation de l’unité de produits chimiques, puis une dernière phase consacrée à la relance de l’unité de pâte d’alfa.

Les délais pourraient toutefois être réduits en l’absence de retards.