La dégradation socio-économique en Europe (pouvoir d’achat, montée de l’extrême droite) pousse des compétences tunisiennes à envisager un retour. Pour l’expert Adel Ben Youssef, ce mouvement dépend de la reconstruction urgente par la Tunisie de ses trois piliers fondamentaux : l’éducation, la santé publique et les infrastructures de transport modernes, essentiels pour retenir et attirer les talents.

La Tunisie continue de perdre ses compétences, mais un phénomène plus discret apparaît : l’idée du retour. Pour le Pr Adel Ben Youssef, ce mouvement est directement lié à la dégradation du climat socio économique européen.

« Il y a aujourd’hui une crise du pouvoir d’achat en Europe qui touche même les classes moyennes qualifiées. Les universitaires eux mêmes n’arrivent plus à vivre avec un seul salaire. Beaucoup se disent : quitte à vivre sous pression, autant être près de sa famille. »

La montée de l’extrême droite, le durcissement des politiques migratoires et la précarisation du marché du travail modifient profondément l’attractivité du continent.

Dans ce contexte, certains Tunisiens envisagent un retour, d’autres se tournent vers des régions en croissance — Afrique subsaharienne, Golfe, Asie — tandis qu’une partie cherche à contribuer à distance.

Mais pour que ce retour devienne une dynamique durable, la Tunisie doit reconstruire ses fondamentaux, ceux qui ont fait sa force depuis l’indépendance : l’éducation, la santé et le transport.

« Les fondamentaux de la Tunisie de l’indépendance, ce sont l’école, l’hôpital public et les infrastructures de transport. Tant que ces trois piliers ne sont pas consolidés, aucune stratégie économique ne peut tenir. »

La “Vision” : « Les fondamentaux de la Tunisie de l’indépendance, ce sont l’école, l’hôpital public et les infrastructures de transport. Tant que ces trois piliers ne sont pas consolidés, aucune stratégie économique ne peut tenir. »

Éducation : restaurer le socle du capital humain

Le système éducatif, longtemps moteur de la mobilité sociale, souffre aujourd’hui de sous investissement et d’un décalage croissant avec les besoins économiques.

Pour le Pr Ben Youssef, c’est un enjeu vital :

« Notre capital humain est notre seule vraie richesse. Si l’école s’affaiblit, tout le reste s’effondre. »

La “Preuve” : «Il y a aujourd’hui une crise du pouvoir d’achat en Europe qui touche même les classes moyennes qualifiées. Les universitaires eux-mêmes n’arrivent plus à vivre avec un seul salaire.»

Santé : un service public à réhabiliter

La fuite des médecins et la saturation des hôpitaux fragilisent un secteur qui fut l’un des plus performants de la région. Un réinvestissement massif est indispensable pour restaurer la confiance.

Transport : la condition de toute transition économique

Le transport public, négligé depuis des années, est devenu un frein à la productivité et à la transition énergétique.

Le Pr Ben Youssef rappelle : « Sans un réseau de transport moderne et fiable, aucune politique industrielle ou énergétique ne peut réussir. »

La “Punchline” : « Notre capital humain est notre seule vraie richesse. Si l’école s’affaiblit, tout le reste s’effondre. »

 

Un triptyque indispensable pour retenir — et faire revenir — les compétences
Pour lui, la Tunisie doit revenir à l’essentiel : former, soigner et assurer la mobilité via des moyens de transport performants.

Ce sont les trois conditions pour retenir les talents, attirer les investissements, réduire les inégalités et reconstruire un modèle de développement cohérent.

« Le retour des compétences n’est pas un rêve. C’est une possibilité réelle, si nous recréons les conditions qui ont fait la force de la Tunisie de l’indépendance. »

A.B.A

EN BREF

  • Crise européenne : La dégradation du pouvoir d’achat en Europe, touchant même les cadres et universitaires, réduit l’attractivité du continent pour les talents tunisiens.
  • Climat hostile : La montée de l’extrême droite et le durcissement des politiques migratoires en Europe favorisent l’idée d’un retour ou d’une expatriation vers d’autres régions (Golfe, Afrique).
  • Piliers à reconstruire : Le retour durable des compétences est conditionné par la réhabilitation urgente de trois fondamentaux en Tunisie : l’éducation, la santé et le transport public.
  • Capital Humain : L’éducation est identifiée comme la « seule vraie richesse » de la Tunisie, nécessitant un réinvestissement massif pour éviter l’effondrement global.
  • Condition Économique : Aucune stratégie industrielle ou énergétique ne peut réussir sans un réseau de transport moderne et fiable, frein actuel à la productivité.