
Un front maghrébin contre un fléau aux lourdes retombées économiques
Réunis à Tunis pour le premier forum « Le tabagisme au Maghreb : débats autour d’un défi commun », les experts tunisiens, algériens et libyens ont tiré la sonnette d’alarme. Au-delà de l’enjeu sanitaire évident, la prévalence du tabagisme représente un gouffre financier pour les systèmes de protection sociale de la région. Pour endiguer cette trajectoire, le corps médical préconise une double approche : une fiscalité agressive via le relèvement des taxes sur le tabac et un renforcement drastique de la prévention primaire.
En Algérie, le paradoxe demeure entier. Malgré un arsenal législatif robuste, le nombre de consommateurs ne fléchit pas. Selon les données nationales les plus récentes, 16,5 % de la population âgée de 18 à 70 ans fume activement. Ce phénomène, majoritairement masculin, s’infiltre désormais dans toutes les strates socio-professionnelles, des universités aux milieux hospitaliers, menaçant la productivité globale de l’économie nationale.
L’urgence d’endiguer le coût social du tabagisme précoce
La dynamique démographique du tabagisme en Algérie révèle une vulnérabilité critique chez les mineurs. Des cas d’initiation au tabac sont désormais enregistrés dès l’âge de 10 ans. Plus alarmant encore, un quart des adolescents de la tranche 11-19 ans déclare fumer. Ce renouvellement de la base de consommateurs par l’industrie du tabac hypothèque les gains de santé publique futurs et annonce une explosion des maladies chroniques d’ici les deux prochaines décennies.
A contrario, le milieu universitaire offre un motif d’optimisme et valide l’efficacité des investissements dans la communication ciblée. Les campagnes de sensibilisation y ont fait chuter la prévalence de 9 % en 2012 à 4,5 % en 2021. La preuve est faite : l’éducation sanitaire génère un retour sur investissement mesurable, à condition d’être soutenue dans le temps.
- Tabagisme en Tunisie : Chiffres, Infarctus et Nouvelle Stratégie de Prévention
- 95% des fumeurs tunisiens veulent arrêter mais n’y arrivent pas. Voici pourquoi
Horizon 2027 : Structurer le marché de la substitution nicotinique
Le véritable pivot de la stratégie algérienne réside dans l’alignement de l’offre de soins sur une demande latente massive : entre 63 % et 75 % des fumeurs expriment la volonté de rompre avec la dépendance. Pour absorber ce flux, le secteur public s’appuie sur un réseau de 53 unités spécialisées de sevrage tabagique. Toutefois, l’efficacité de ces structures achoppait jusqu’ici sur une pénurie chronique de substituts nicotiniques (patchs, gommes).
Le ministère algérien de la Santé s’est officiellement engagé à garantir la gratuité et la généralisation de ces traitements de substitution dans l’ensemble de son réseau public dès 2027.
Cette annonce transforme une contrainte sanitaire en un signal fort pour les acteurs de la distribution et de la production pharmaceutique. Le sevrage n’est plus une démarche individuelle et coûteuse, mais un protocole d’État intégralement pris en charge, positionnant la prévention primaire comme le meilleur bouclier contre l’entrée dans la dépendance.
EN BREF
- Objectif 2027 : L’Algérie instaurera la gratuité totale des substituts nicotiniques (patchs, gommes) dans ses structures publiques.
- Urgence Maghreb : Les médecins d’Algérie, de Tunisie et de Libye réclament une hausse des taxes pour freiner la dépendance.
- Prévalence nationale : 16,5 % des Algériens de 18 à 70 ans fument, toutes catégories sociales confondues.
- Alerte jeunesse : 25 % des jeunes Algériens de 11 à 19 ans fument, avec des initiations précoces constatées dès l’âge de 10 ans.
- Succès universitaire : La prévalence chez les étudiants a été divisée par deux en dix ans, tombant à 4,5 % en 2021.


