L’Institut national de la statistique (INS) a créé, au mois de mai 2026, l’évènement en publiant des projections démographiques à l’horizon 2054. Les principales conclusions en sont : la populationtunisienne vieillit rapidement, des naissances en recul et un équilibre social appelé à changer durablement Ce document prospectif, loin de fournir uniquement des chiffres, a suscité des réactions divergentes parmi les tunisiens. Les pessimistes y ont perçu un nouveau facteur de déstabilisation tandis que d’autres y ont vu une opportunité pour créer un nouveau moteur de croissance, celui d’une nouvelle activité socio-économique à travers la lutte contre l’âgisme.

La Tunisie compte plus de deux millions de personnes âgées

Pour commencer,  le document donne un état des lieux. D’après l’INS, la Tunisie comptera environ 12,160 millions d’habitants en 2030, contre 11,970 millions en 2024, soit 190 mille nouveaux habitants de plus en six ans. Il s’agit d’un faible taux d’augmentation  pour une raison simple. L’indice de fécondité s’est littéralement effondré en seulement trente ans. Il est passé de plus de 3 enfants par femme en 1994 à seulement 1,54 en 2024.

La part des personnes âgées de 60 ans et plus a atteint 16,88 %, contre 11,38 % dix ans plus tôt. La Tunisie compte désormais 2 020 772 personnes âgées. Plus du tiers de cette population (34,4 %) réside dans le deuxième district, qui regroupe les gouvernorats du Grand Tunis, de Nabeul et de Zaghouan. Le troisième district (Siliana, Sousse, Kasserine, Kairouan, Monastir, Mahdia) concentre 23,48 % des seniors.

Selon l’INS, 88 % des personnes âgées bénéficient d’une couverture sanitaire. En revanche, seule une moitié d’entre elles (52 %) est couverte par les systèmes de protection sociale. La répartition reste inégale : 72,2 % des hommes contre seulement 33,2 % des femmes bénéficient de cette couverture.

« Si la population continuera d’augmenter dans les prochaines décennies […], cette croissance sera plus lente et surtout accompagnée d’un vieillissement marqué. »

 

Autre indicateur et non des moindres : la majorité des seniors dispose d’une source de revenu. Le recensement indique que 69,7% d’entre eux, hommes et femmes confondus, perçoivent une ressource régulière.

L’INS relève une baisse significative du nombre effectif de la tranche d’âge ayant entre 0 et 19 ans. En contrepartie, la stabilisation relative de la population active, ayant entre 20 et 59 ans, n’est pas à même d’assurer un équilibre. Et ce, d’autant plus qu’une augmentation significative du nombre des séniors (ayant 60 ans et plus) est de mise.

L’institut prévient que le pays entrera dans une ère de « croissance démographique très faible », frôlant la quasi-stagnation à l’horizon 2054 étant donné que le ralentissement tend à s’accentuer drastiquement au cours des prochaines décennies.

Plus simplement encore, si la population continuera d’augmenter dans les prochaines décennies, par l’effet de l’allongement de l’espérance de vie et de la baisse de la fécondité, cette croissance sera plus lente et surtout accompagnée d’un vieillissement marqué.

En moins de quarante ans, la Tunisie détient un record démographique. Elle aura, ainsi, connu l’une des mutations démographiques les plus fulgurantes et les plus rapides du bassin méditerranéen.

Les conséquences économiques pour les catastrophistes

Pour l’ensemble des tunisiens, derrière ces projections de l’INS se profilent des enjeux économiques majeurs qui, pour peu que rien n’est fait pour y remédier,  impacteraient  durablement les finances publiques, le marché du travail et la compétitivité du pays.

La frange des tunisiens, qui se limitera à une lecture linéaire de ce document prospectif, craint, particulièrement, trois scénarios.

Le premier serait que par l’effet de ce changement structurel projeté, l’économie du pays ne pourra plus compter sur une expansion rapide de la population active comme par le passé. Un tel scénario, qui risque de générer un déséquilibre croissant entre actifs et inactifs,  impliquerait une adaptation incessante à une société où la main-d’œuvre ne croît plus aussi vite, voire pourrait se stabiliser à moyen terme.

« L’indice de fécondité s’est littéralement effondré en seulement trente ans. Il est passé de plus de 3 enfants par femme en 1994 à seulement 1,54 en 2024. »

 

Le deuxième scénario serait la transformation de la structure de la population, avec comme corollaire, un impact économique considérable. Avec l’augmentation du nombre de personnes âgées et la diminution relative des jeunes générations, le ratio entre actifs et inactifs devrait se dégrader.

Concrètement, cela signifie qu’un nombre plus restreint de travailleurs devra soutenir un nombre croissant de retraités. Entendre par là, la base contributive aux caisses de sécurité sociale pourrait s’affaiblir si la population active ne progresse pas suffisamment.

Une telle évolution risque d’exercer une pression directe sur les systèmes de protection sociale, déjà confrontés à des contraintes budgétaires importantes. Les caisses de retraite et les dépenses de santé seront particulièrement sollicitées, dans un contexte où les ressources publiques sont limitées.

Le troisième scénario consisterait en l’exercice d’une forte pression sur les finances publiques et les systèmes sociaux.

Le vieillissement de la population pourrait entraîner une hausse des dépenses publiques, notamment dans les domaines de la santé et de la retraite. Les besoins en infrastructures médicales, en personnel soignant et en services de prise en charge de la dépendance vont augmenter.

Des solutions pour mieux encadrer le vieillissement

Pour faire face à ces scénarios, à priori,  déstabilisants et contraignants , le gouvernement tunisien peut explorer deux pistes.

La première concerne les stratégies à mettre en place pour remédier à l’éventuelle stagnation de la main-d’œuvre, et ce, dans le cadre de la politique générale du pays. Il s’agit, principalement, de parier davantage sur la productivité et l’intégration technologique. Dans cette perspective, il y a de gros efforts à déployer aux fins d’améliorer les compétences, de promouvoir la formation continue et de développer l’intégration technologique.

Le document prospectif a retenu ces paramètres comme des leviers essentiels pour maintenir la croissance économique.

La deuxième piste serait de s’inspirer d’expertises étrangères dédiées à la gestion du troisième âge. Au nombre de ces expertises figure en bonne place la «  « Silver Économie ».

« Avec la Silver Économie, la vieillesse n’est plus une charge, mais une opportunité d’investissement et de croissance. »

 

Cette économie vise à lutter contre l’âgisme,  à faire face à l’accélération du vieillissement de la population et à répondre aux besoins d’autonomie multiforme des personnes de troisième âge, c’est-à-dire les personnes à la retraite entre 60 et 75 ans. On les appelle dans certains pays développés « les jeunes vieux » aux cheveux blancs (Silver).

Ultime objectif : faire de la vieillesse,  un levier économique et un secteur créateur d’emplois et de sources de revenus.

Concernant les personnes âgées,  la finalité serait d’améliorer la qualité de leur vie et de garantir leur autonomie le plus longtemps possible ou même allonger leur espérance de vie.

Morale de l’histoire : cette partie de la population  est retenue comme un juteux marché pour une raison simple. Ce pan de la société est riche. Il est celui qui a le plus de patrimoine et de pouvoir d’achat. Sa part de consommation est très importante sur les postes de la santé et de l’assurance, comme on pourrait l’attendre avec l’âge.

Conséquence : Avec La silver économie, la vieillesse n’est plus une charge, mais une opportunité d’investissement et de croissance. Pour la Tunisie, la silver économie est une niche à promouvoir et à structurer pour en tirer le meilleur profit.

La démarche à suivre consiste donc à adapter l’économies et la société à cette évolution de la demande. D’après des études menées par des agences spécialisées de l’ONU telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les perspectives à moyen et long terme sont impressionnantes.

En Tunisie, ce marché demeure peu développé pour ne pas dire méconnu. D’où le besoin de déployer à l’échelle nationale un grand effort d’information, de sensibilisation et d’éducation à l’importance du marché « des jeunes vieux ».

EN BREF

  • Transition fulgurante : La Tunisie enregistre l’une des mutations démographiques les plus rapides du bassin méditerranéen, marquée par une quasi-stagnation programmée à l’horizon 2054.
  • Effondrement de la fécondité : L’indice est passé de plus de 3 enfants par femme en 1994 à 1,54 en 2024, provoquant un recul structurel de la tranche des 0-19 ans.
  • Cap des 2 millions : Le pays compte désormais 2 020 772 seniors (60 ans et plus), représentant 16,88 % de la population, avec une concentration de 34,4 % dans le Grand Tunis et le Cap Bon.
  • Pression sociale : Seuls 52 % des seniors bénéficient d’une couverture de protection sociale, révélant une inégalité de genre majeure (72,2 % des hommes contre 33,2 % des femmes).
  • Nouveau paradigme : Face aux risques de déséquilibre budgétaire, la Silver Économie et la productivité technologique sont identifiées comme les nouveaux moteurs de croissance.