AssurancesFace à un système de protection sociale fragilisé et à des caisses structurellement déficitaires, la Tunisie doit repenser en profondeur ses modèles de retraite, de santé et d’assurance. Plusieurs pays offrent des pistes solides — du Maroc à la France en passant par la Turquie — mais aucune réforme ne portera ses fruits sans une transformation structurelle préalable. Dans le même temps, la Tunisie dispose d’un potentiel sous‑exploité pour devenir

Pour réussir sa mue, la Tunisie gagnerait à observer les expériences étrangères qui ont su moderniser leurs systèmes d’assurance et de protection sociale.
Le Maroc s’impose aujourd’hui comme un modèle régional, porté par une stratégie d’expansion africaine ambitieuse et structurée autour de champions nationaux tels que le Groupe Wafa.

En matière de risques climatiques, la France reste la référence absolue grâce à son système « CatNat », qui mutualise les catastrophes naturelles à l’échelle nationale.
Quant à la Turquie, elle constitue un benchmark précieux pour la gestion technique de l’assurance automobile — un secteur historiquement déficitaire en Tunisie.

La “Vision” : « La Tunisie doit évoluer vers un modèle hybride de partenariat public‑privé, garantissant une Couverture Sanitaire Universelle alignée sur les standards de l’OMS. »

 

Mais importer des solutions étrangères ne suffira pas. Les obstacles structurels tunisiens demeurent puissants :

  • un pouvoir d’achat érodé ;
  • une sinistralité automobile élevée ;
  • une résistance culturelle persistante à l’assurance ;
  • un « out-of-pocket » santé qui explose malgré une CNAM comptablement bénéficiaire (+1 milliard de dinars) ;
  • des régimes de retraite en péril, avec des caisses CNSS et CNRPS déficitaires de –1,9 milliard de dinars en 2024, et –2,5 milliards attendus en 2025.

Ces fragilités s’expliquent par deux dynamiques majeures :

  • le vieillissement de la population, qui augmente simultanément les dépenses de santé et le nombre de pensionnés ;
  • la faiblesse du tissu économique, qui peine à créer des emplois qualifiés et bien rémunérés, indispensables pour alimenter les caisses en cotisations.
    Le ratio actifs/retraités, aujourd’hui à 2,3, illustre cette tension croissante.

Dans ce contexte, les réformes prioritaires doivent cibler les deux piliers systémiques : la retraite et la maladie.

La “Preuve” : « Les régimes de retraite sont en péril, avec des caisses CNSS et CNRPS déficitaires de –1,9 milliard de dinars en 2024, et –2,5 milliards attendus en 2025. »

 

Pour les retraites, un modèle à trois piliers apparaît comme la voie la plus pertinente :

  1. un régime de base public obligatoire, en répartition ;
  2. un régime complémentaire obligatoire, en capitalisation, géré par les caisses et/ou les assureurs ;
  3. un régime supplémentaire volontaire, en capitalisation, géré par les compagnies d’assurance.

Pour la santé, la Tunisie doit évoluer vers un modèle hybride de partenariat public‑privé, garantissant une Couverture Sanitaire Universelle alignée sur les standards de l’OMS.
Ce modèle devrait :

  • être orienté patient/assuré, digitalisé et fondé sur la prévention ;
  • renforcer la confiance entre prestataires, assureurs et CNAM pour bâtir un système complémentaire cohérent ;
  • s’inspirer des meilleures pratiques internationales tout en respectant les spécificités tunisiennes.

Mais la Tunisie ne doit pas seulement s’inspirer : elle peut aussi inspirer estime Mondher Khabcheche : « le pays dispose d’un capital humain rare : actuaires, ingénieurs, experts techniques et peut devenir le back‑office technique de l’Afrique, non pas en ouvrant des agences, mais en exportant des solutions logicielles d’assurance, des plateformes de gestion des sinistres et d’assistance et un savoir‑faire pointu en réassurance et en takaful ».

La “Punchline” : « La Tunisie peut devenir le back‑office technique de l’Afrique, non pas en ouvrant des agences, mais en exportant des solutions logicielles et un savoir‑faire pointu. »

 

S’inspirer des modèles étrangers est nécessaire, mais insuffisant. La véritable transformation passera par une refondation des régimes de retraite et de santé, et par la capacité de la Tunisie à valoriser son expertise technique. Entre importation de bonnes pratiques et exportation de compétences, le pays peut tracer sa propre voie — à condition d’oser une réforme systémique, lucide et structurante.

A.B.A

EN BREF

  • Déficits Abyssaux : Les caisses de retraite (CNSS/CNRPS) affichent un déficit de -1,9 milliard de dinars en 2024, prévu à -2,5 milliards en 2025.
  • Benchmarks Clés : Le Maroc (expansion), la France (risques CatNat) et la Turquie (assurance auto) sont cités comme modèles de réforme.
  • Réforme des Retraites : La transition vers un modèle à trois piliers (répartition base + capitalisation obligatoire + capitalisation volontaire) est préconisée.
  • Santé en Crise : Malgré une CNAM bénéficiaire, le reste à charge des patients (out-of-pocket) explose, nécessitant un partenariat public-privé (PPP).
  • Nouveau relai de croissance : La Tunisie peut devenir le “back-office technique” de l’Afrique en exportant son expertise (actuariat, software, Takaful).