Pour faire face au fardeau de la dette tunisienne et rétablir la viabilité budgétaire, la Tunisie doit privilégier une stratégie mixte axée sur une consolidation budgétaire progressive combinée à une mobilisation accrue des recettes, c’est ce qui ressort d’une note d’orientation qui vient d’être publiée par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU).

Cette note intitulée “Dette publique post-Covid : la Tunisie face à l’urgence de la consolidation budgétaire” et élaborée par l’économiste Hela Ben Hassine Khalladi, précise “qu’avec une dette à 85% du PIB, la Tunisie a épuisé ses marges de manœuvre. Sans un virage budgétaire radical, l’endettement franchira le cap critique des 90 %, menaçant directement la souveraineté nationale et la stabilité du pays”.

“La stabilisation dès 2026 est techniquement possible. Elle impose une stratégie à double détente : une rationalisation drastique des dépenses couplée à une optimisation offensive du recouvrement fiscal, souligne encore l’économiste.

Toutefois, considère-telle, “le redressement ne sera pas seulement technique, il sera politique.

Son succès dépend d’une transparence institutionnelle totale et d’un consensus social solide. Sans adhésion, aucune réforme de consolidation ne pourra tenir dans la durée”.

Le premier axe de la stratégie recommandée, à savoir la consolidation budgétaire progressive, implique une réduction progressive du déficit fiscal en contrôlant les dépenses publiques, en améliorant l’efficacité des dépenses et en réduisant les rigidités budgétaires. Les mesures clés pourraient inclure le plafonnement de la masse salariale publique, la réforme des subventions à l’énergie et la réforme des subventions par le passage au cash transferts”.

“Le principal avantage de cette option est qu’elle renforce la discipline budgétaire sans couper brutalement les services sociaux essentiels. Elle est politiquement plus acceptable si elle est mise en œuvre de manière progressive et transparente.

Cependant, son impact sur le niveau de la dette peut prendre du temps à se matérialiser, et elle pourrait se heurter à l’opposition des syndicats du secteur public ou des groupes affectés par la réforme des subventions”.

Le deuxième axe qu’est la mobilisation des recettes doit reposer sur “une réforme fiscale progressive visant à accroître les recettes publiques en améliorant le recouvrement des impôts, en élargissant l’assiette fiscale et en rendant le système fiscal plus équitable. Les réformes clés peuvent inclure la lutte contre l’évasion fiscale, l’intégration du secteur informel et l’augmentation de la progressivité par le biais de l’impôt sur le revenu des personnes physiques ou de l’impôt sur la fortune”.

D’après la note, “le principal avantage de cette option est qu’elle génère une marge de manœuvre budgétaire supplémentaire sans réduire les dépenses, ce qui contribue à protéger les populations vulnérables. Elle peut également améliorer l’équité sociale et renforcer la légitimité de la politique fiscale. Néanmoins, des hausses d’impôts mal ciblées peuvent freiner l’investissement privé ou la consommation”.

La mise en œuvre de cette stratégie mixte nécessite trois conditions préalables, à savoir “un cadre budgétaire à moyen terme avec des objectifs crédibles de solde primaire, une transparence et une reddition des comptes renforcées via la Cour des comptes et le Parlement et un dialogue social institutionnalisé impliquant syndicats, société civile et partenaires internationaux pour garantir la légitimité des réformes”.

“Le gouvernement tunisien (ministère des Finances, ministère de l’Economie) aura pour mission de diriger la mise en œuvre et le suivi. Le Parlement assurera le soutien législatif et le contrôle du budget, alors que la Banque centrale de Tunisie aura à coordonner la politique macroéconomique et gérer les instruments de la dette.

D’autres parties prenantes auront un rôle majeur à jouer pour faire réussir les réformes budgétaires notamment la société civile et les syndicats qui assureront le dialogue social et la responsabilité, et potentiellement des partenaires internationaux”.

En résumé, “la Tunisie n’a pas besoin d’un choc fiscal brutal mais d’un engagement soutenu et crédible en faveur de la responsabilité fiscale. La soutenabilité de la dette tunisienne dépend moins d’un ajustement brutal que d’une trajectoire crédible, soutenue par des institutions solides et un engagement politique durable”.