Etre originaire d’une région doit-il inciter un opérateur privé à y investir ? Pourquoi pas ?, répond Hédi Djilani, «cela pourrait être un juste retour des choses même si la Tunisie est une et indivisible et que tout investissement est le bienvenu et partout sur le territoire national ».

Reste la culture, celle de la valeur travail. Travailler est bien le seul moyen de réaliser la prospérité.

« J’ai essayé d’implanter une usine de tissage à Thala en 2011, malheureusement, je me suis trouvé confronté aux difficultés de toutes les régions frontalières. Qu’est-ce qui rapporte le plus: faire du tissage et être payé au SMIG, dans un premier temps, ou faire du commerce illicite transfrontalier et gagner beaucoup plus ?

C’est le drame de toutes les régions telles que Thala, Kasserine, Siliana, Le Kef, Jendouba et autres où la contrebande, donc l’informel, est devenue l’activité socioéconomique principale. Le plus triste est que ceux qui s’y adonnent n’ont pas de protection sociale, n’ont pas de retraite et ne peuvent prétendre à la sécurité au travail. L’Etat non plus n’en profite pas, car pas d’impôts, pas de participation à l’effort national de développement ».

La contrebande a tout saccagé sur son chemin, déplore Hédi Djilani, et le pire est que l’Etat ne peut avoir que des estimations sur les fortunes occultes amassées. «Lorsque vous êtes dans une entreprise, vous travaillez dans le formel, vous produisez et vous avez un salaire. Quand votre situation financière s’améliore vous ne le cachez pas, bien au contraire vous le montrez. Quand vous êtes dans la contrebande, vous jouez au misérable jusqu’au bout, alors que dans la réalité vous êtes multimillionnaire. Du coup, toutes les données sont faussées. La question qui se pose dans ce genre de situation est : qu’offrons-nous à notre jeunesse ?»

En fait, comment créer une dynamique économique ? Comment louer la valeur travail et encourager l’initiative privée lorsqu’on inculque aux jeunes la “culture de la contrebande et de l’argent facile” ?

Comment les encourager à avoir foi en eux-mêmes et à croire en la capacité du système de leur offrir la possibilité de se réaliser parce qu’ils ont des idées, parce qu’ils veulent entreprendre et parce qu’ils veulent être des créateurs vertueux de richesses ?

Comment les convaincre que le seul moyen d’avoir des emplois stables, respectés et rémunérés est le travail dans le formel et non le fait de ramener des produits et de la marchandise de manière illégale ?

Comment les convaincre que la logique de la contrebande les prive de revenus propres et surtout les empêche de croire en eux-mêmes et en leurs capacités de changer leur réalité ? «Les jeunes des régions ont perdu confiance dans le système. Il revient à l’Etat de mettre fin aux pratiques de contrebande et à juguler leur nocivité. C’est à l’Etat de mettre en place des programmes de formation et de créer des opportunités d’emploi à ces jeunes et de leur épargner le destin fatal d’être de simples passeurs pour des marchandises de contrebande».

Pour Hédi Djilani, les jeunes des régions, ceux de Thala entre autres, d’où est originaire sa défunte mère, ne doivent pas être voués au rôle de seconds des contrebandiers, mais doivent penser à réaliser leurs propres projets et être des acteurs actifs dans le développement économique de leurs régions.

A.B.A